Catherine Chabanon, de la toile au Bivouac

Catherine Chabanon, de la toile au Bivouac

Une vraie vie de chat que son parcours, pour lequel le mot -devenu valise- ‘atypique’ prend vraiment tout son sens. De l’aéronautique à l’accélérateur, la carrière de Catherine Chabanon est faite de multiples pivots. Elle reprend aujourd’hui les manettes d’un accélérateur dont la courte vie n’a pas été un long fleuve tranquille. Avec quel background et quelles valeurs va-t-elle mener cette nouvelle mission ?

Catherine, vous êtes arrivée il y a peu dans l’écosystème clermontois, quel est votre parcours ?

Je ne suis pas auvergnate (il ne faut pas que ce soit un défaut !), je suis née à Paris, j’y ai fait mes études d’ingénieur généraliste spécialisation aéronautique. A cette époque-là tout ce qui vole m’intéressait, j’étais pilote de planeur.

Et … de fait, j’ai commencé à travailler pour le Ministère de la Défense puis, dans l’industrie aéronautique chez Matra Défense (groupe Airbus), sur des  projets de recherche, puis à la direction commerciale. C’est sans doute le (premier) tournant de ma carrière : après 5 ans d’expérience, j’ai quitté le côté vraiment technique, R&D pour passer sur un côté plus relationnel et plus ouvert; qui me correspondait mieux. J’étais sur des programmes internationaux, j’ai travaillé avec des partenaires européens, américains, dans le domaine de l’aéronautique, c’était passionnant.

Entrepreneur Haute Couture

J’y suis  restée 5 ans et là, nouveau tournant, j’ai été rattrapée par mon histoire familiale. Mon grand père avait créé une entreprise, reprise par mon père, une TPE dans le domaine de la haute couture. Il s’agissait d’une activité  de négoce de textile haut de gamme pour  les studios de création des grands couturiers (les vraiment grands : Chanel, Dior, Saint-Laurent …). Mon père ayant été malade, l’entreprise s’est trouvée sans dirigeant.

Elle avait un nom à Paris, des clients prestigieux,  cinquante ans d’histoire et d’archives, c’était un marché de niche avec une vraie création de valeur qui pouvait perdurer. Nos spécialités : le tweed et la soie.

Du jour au lendemain,  j’ai démissionné de mon poste chez Matra et je suis partie à l’aventure. Mais dans le même temps, le marché s’est transformé ; mes fournisseurs n’avaient plus l’outil industriel  pour produire ces très petites quantités, les exigences des couturiers ont augmenté en terme de standard qualité : j’avais de plus en plus de mal à faire produire la matière première. Je pense que je suis arrivée trop tard dans l’entreprise pour faire un retournement et travailler sur cette niche. Au bout de cinq ans, j’ai jeté l’éponge et on a fermé… avec tout ce que ça implique, le reclassement du personnel notamment …

Ça a été à la fois une période difficile mais très enrichissante.

Une nouvelle corde « gestion de compétences »

Ensuite, on est  partis en famille à Montpellier en 2000: c’était un bon moyen de tourner la page…

Mais dans la vision des DRH de l’époque, ma formation d’ingénieur et mon expérience de chef d’entreprise non ‘reconnue’ par des diplômes,  ça ne collait pas: pour eux j’étais toujours ingénieur aéronautique …

J’ai donc choisi de repasser par la case formation pour légitimer l’expérience acquise… Et là, jai travaillé pour Air France ! Plutôt sur la structuration de process RH, d’accompagnement des démarches qualité … Puis, quand j’en suis partie, j’ai voulu candidater dans des entreprises locales : je n’avais jamais le bon profil parce que justement  j’avais déjà été indépendante, que j’étais une femme avec trois enfants … j’ai même eu droit au “comment vous allez faire pour gérer votre famille ?” !

La collectivité comme nouvel univers

Bref, j’ai alors pensé à créer l’emploi qui allait me correspondre et je me suis lancée comme consultante en organisation plus particulièrement sur le volet RH/ gestion de compétences auprès des collectivités.  Je ne connaissais ni les systèmes d’accompagnement ni les chambres de commerce ni les incubateurs …,  J’ai donc avancé pas à pas dans la création d’entreprise en allant chercher mes premiers clients. Mes clients étaient les collectivités de 20 à 100 mille habitants,  auxquelles les grands cabinets conseil parisiens ne s’intéressaient pas.

Or je pense au contraire que c’est là où il y a les plus beaux projets parce que justement ils ont des vraies problématiques de territoire à régler.

Il y a des éléments récurrents entre mes diverses expériences, les process, la qualité, la relation clients, … mais surtout  la curiosité qui s’est développée et qui m’a donné envie de    faire toujours des choses différentes ! Ou alors, c’est l’inverse, j’ai ça dans mon ADN  et j’ai fait ça parce que j’étais curieuse et que j’avais toujours envie de découvrir quelque chose de nouveau, je ne sais pas  lequel est la poule et l’oeuf !

La révélation : le développement économique territorial

Toujours est-il qu’au bout de 10  ans en tant que Conseil, après avoir plusieurs fois le tour de France, j’avais envie de mettre mes compétences au service d’un territoire .

J’ai fait un passage par la chambre de commerce et d’industrie  de Nîmes en tant que chargée de mission “plan stratégique”. J’y ai découvert le ‘développement économique’, ce qui m’a bien plu.

Mais j’ai pris conscience que ce volet était vraiment régi par les collectivités locales (région et EPCI) : elles avaient des moyens financiers pour influer  sur le développement de leur territoire. 

C’est bien là le cœur de l’action économique, c’est donc là que j’ai eu envie d’aller.

 ‘Accélérateur de croissance’ à Montpellier Métropole

Un poste de chef du service ‘accélérateur de croissance’ s’est ouvert à la direction du développement économique de l’agglomération de Montpellier: il s’agissait de travailler au développement des filières et à la structuration de l’écosystème économique  technologique (le numérique, la santé et le développement durable) et sur l’emploi et l’insertion en faisant se rencontrer ces mondes de l’insertion et des quartiers prioritaires et celui, plus élitiste et high tech, de la santé et de la French Tech.

J’y suis restée quatre  ans et demi et je me suis appliquée ce que je préconisais quand j’étais  consultante pour les collectivités : pour évoluer il faut passer les concours,  accepter de se former,  de prendre des responsabilités …

J’étais ‘chef de service’ et en ayant été mon propre patron, me retrouver avec toute la hiérarchie d’une collectivité, les process de décisions…    on n’est pas dans le même espace temps ! Je pensais que pour transformer ces process, le seul moyen était de monter un peu plus dans la hiérarchie pour agir sur l’organisation.

J’ai  décidé de passer le concours d’ingénieur en chef qui m’a permis d’accéder à des postes de direction mais il n’y avait pas de postes disponibles à Montpellier… donc j’ai ouvert mon spectre et j’ai cherché où je pouvais aller …

L’arrivée à Clermont : Directrice de l’accompagnement des entreprises

Fanny Reynaud Photographe

C’est comme ça que je suis arrivée à  Clermont Ferrand en mars 2017. La métropole cherchait un directeur de    l’accompagnement des entreprises, j’ai candidaté et j’ai découvert l’Auvergne.

Le poste portait sur le développement de tous les services à l’entrepreneuriat et aux entreprises, c’était deux choses pour  lesquelles j’avais une réelle appétence. C’est ce qui caractérisait mon expérience à Montpellier.  Pour tirer le développement économique, il y a un incubateur très fort, de renommée mondiale, et un écosystème start up très important.

En regardant ce qui se passait à Clermont je voyais bien qu’il y avait le terreau pour faire ça et surtout qu’il y avait des envies de le faire.

D’ailleurs, c’est l’une des choses qui m’a frappée en arrivant,  la différence de culture !

A Montpellier, avec rien ou pas grand chose, on faisait un feu d’artifice et ici, il y a un tissu industriel considérable, des capacités d’innovation exceptionnelles mais tout se fait discrètement !

Aux manettes du Bivouac

En mars 2017, Le Bivouac  avait tout juste un an et demi, il prenanit sa place dans l’accompagnement des start-up? J’ai commencé à m’y intéresser tellement que quand le poste de directeur s’est débloqué fin 2018 , j’ai dit  “ mais moi ça m’intéresse de continuer à développer cet outil”, de le dynamiser, de le remettre en connexion avec le monde de l’innovation et de la technologie, l’université, les écoles, … avec  tous les investisseurs.

Et puis, il y aussi la dimension valorisation : faire rayonner à la fois Le Bivouac, les start up qu’il accompagne et le territoire, démontrer que Clermont Ferrand est un endroit pour venir créer, avec un écosystème incroyable autour… 

Le conseil d’administration m’a accordé sa confiance et j’ai ensuite animé le travail  avec l’équipe et les administrateurs qui nous a amenés à redéfinir les termes et ambitions du Bivouac.

@Fanny Reynaud Photographe

Réaffirmer notre rôle d’accélérateur

D’abord, définir ce que l’on entend par Start Up, aussi devenu un mot valise : pour nous, ce sont les entreprises dont la double caractéristique est d’avoir un business model scalable à plus grande vitesse que les entreprises classiques et un fort besoin de financements, d’organisation et d’accès au marché. Ensuite, le Bivouac est un accélérateur, pas un incubateur, ce qui veut dire que nous intégrons des start up matures, parfois issues des incubateurs.

Développement-Attractivité- Émulation

Nous avons re défini les 3 priorités que doit servir Le Bivouac:

  • Le développement économique et business du territoire
  • Le renforcement de l’attractivité
  • Le sourcing d’innovation et de talents

Un positionnement clair basé sur Cap 2025

Nous avons travaillé sur 2 axes principaux : la spécialisation et le renforcement de notre proposition de valeur.

La spécialisation, c’est ce qui doit être perçu de l’extérieur : nous avons choisi de prendre appui sur Cap 2025, le label I Site, qui est le fruit d’un travail collaboratif de l’université et de l’écosystème économique local, en sélectionnant l’agriculture de demain, l’usine du futur et la santé du futur et de nouer autour de ces thématiques tous les liens possibles locaux et nationaux. C’est ce qui fait notre spécificité par rapport à d’autres incubateurs.

Nous poursuivons le mode de sélection par appel à projet mais en ayant renforcé la consultation de notre écosystème de partenaires pour bien cibler leurs besoins et sourcer des start up qui auront de vraies opportunités d’accès au marché parce que bien en phase avec les besoins de l’écosystème local.

A la hauteur de la promesse : Boost

Notre accompagnement BOOST consiste en 6 mois de coaching, renouvelables si besoin avec un renforcement de l’accompagnement individuel qui démarre par un diagnostic de départ poussé et donnant lieu à une feuille de route suivie ensuite de manière hebdomadaire et mensuelle.

Il y a aussi Basecamp, formule plus « light », adaptée aux start up qui sortent d’incubation et ne sont pas encore tout à fait prêtes à accélérer.

Une dimension ‘communauté’

Nous faisons vivre la culture ‘Bivouac’ en favorisant les rencontres entre les start up hébergées et entre elles et l’écosystème. Cela passe notamment par des événements, des conférences, du partage d’expériences …  

Un Flashcamp par exemple dédié à “La dure réalité de la levée de fonds”, c’est un sujet capital pour la réussite. L’enjeu est d’inciter nos startups à réfléchir au moment crucial de la levée de fonds et de préparer ça correctement. C’est un sujet qui fait couler beaucoup d’encre, qui fait rêver, qui est un peu le saint graal mais il y a quand même un principe de réalité: avoir bien structuré sa démarche. 

Le modèle de croissance rapide implique qu’en complément  du développement du produit et de sa mise en marché, la start up cherche des fonds auprès d’investisseurs qui vont permettre de décupler les actions de commercialisation, d’attaquer de nouveaux marchés…

Alors, oui, il y a un mythe de la levée de fond, qui peut amener à penser qu’on a réussi à lever 1 million d’euros mais si le socle est mauvais, si on ne vend pas son produit, on ira dans le mur.

Donc, il s’agit d’aider les start up à consolider leur structuration : une bonne analyse  de tous ses process, une vraie stratégie pour les trois à cinq ans à venir, une réflexion sur  les conséquences  par rapport à la gouvernance de la société, par rapport au type d’investisseurs et, ensuite seulement, aller lever des fonds.

Plus le temps de voler

Les chantiers autour du Bivouac sont nombreux et passionnants, notre priorité était de remettre à plat notre socle mais notre ambition est de prendre toute notre place dans l’écosystème local, en collaborant aux échelles infra régionales avec les incubateurs et les relais dans les départements d’Auvergne mais aussi en Auvergne Rhône Alpes et en France. Bref, une très belle aventure à continuer d’écrire …

Je dois reconnaître que tout ce qui vole  m’intéresse toujours,  ce qui flotte aussi d’ailleurs mais je n’ai plus trop le temps …

Ecoutez aussi l’intervention de Clément Posada lors de la Connect’Heure du 13 juin dernier sur les orientations du Bivouac

 

Résumé/sommaire de l’article (cliquez sur les #liens pour accéder aux sections)

  • #Parcours – Catherine Chabanon est arrivée dans l’écosystème local il y a peu. Née à Paris, elle y a fait des études d’ingénieur généraliste spécialisation aéronautique. Elle a travaillé pour le Ministère de la Défense puis chez Matra Défense sur des  projets de recherche puis à la direction commerciale.
  • #HauteCoutureLe grand-père de Catherine avait créé une entreprise reprise par son père, une TPE dans le domaine de la haute couture – une activité  de négoce de textile haut de gamme pour les studios de création des grands couturiers. Son père tombé malade, elle a démissionné de son poste chez Matra pour reprendre les rênes. Mais le marché s’est transformé (…) Au bout de cinq ans, elle a fermé… Elle dit : « Ça a été à la fois une période difficile mais très enrichissante.« 
  • #GestionDeCompétences – Par la suite, Catherine est partie à Montpellier et a choisi de repasser par la case formation pour légitimer son expérience acquise, puis a travaillé pour Air France. Après quelques déboires, elle a décidé de créer l’emploi qui allait lui correspondre et s’est lancée comme consultante en organisation, plus particulièrement sur le volet RH/ gestion de compétences auprès des collectivités. 
  • #DéveloppementÉconomiqueTerritorial – Au bout de 10 ans en tant que Conseil et après avoir plusieurs fois le tour de France, Catherine Chabanon a eu envie de mettre ses compétences au service d’un territoire. Elle a découvert le ‘développement économique’ en passant par la chambre de commerce et d’industrie de Nîmes – comme chargée de mission “plan stratégique”.
  • #AccélérateurDeCroissance – Elle a ensuite occupé pendant quatre ans le poste de chef du service ‘accélérateur de croissance’ à la direction du développement économique de l’agglomération de Montpellier. Cela l’a conduit à passer le concours d’ingénieur en chef, ce qui lui a permis d’accéder à des postes de direction.
  • #ArrivéeÀClermont – Catherine Chabanon est arrivée à Clermont en mars 2017 : la métropole cherchait un directeur de    l’accompagnement des entreprises. Le poste portait sur le développement de tous les services à l’entrepreneuriat et aux entreprises, deux choses pour lesquelles elle avait une réelle appétence. Elle ajoute : « À Montpellier, avec rien ou pas grand chose, on faisait un feu d’artifice et ici, il y a un tissu industriel considérable, des capacités d’innovation exceptionnelles mais tout se fait discrètement. »
  • #BivouacLe poste de directeur de l’accélérateur s’est débloqué fin 2018 ; Catherine s’est dit :  “Ça m’intéresse de continuer à développer cet outil”. Il y avait aussi la dimension valorisation, c’est-à-dire faire rayonner à la fois Le Bivouac, les startups qu’il accompagne, et le territoire. Démontrer que Clermont Ferrand est un endroit pour venir créer, avec un écosystème incroyable autour.
  • #Communauté – Catherine et son équipe font vivre la culture ‘Bivouac’ en favorisant les rencontres entre les startups hébergées et celles de l’écosystème, grâce à des événements, conférences, partage d’expériences… Il s’agit d’aider les startups à consolider leur structuration : une bonne analyse de tous ses process, une vraie stratégie pour les trois à cinq ans à venir, une réflexion sur  les conséquences par rapport à la gouvernance de la société, par rapport au type d’investisseurs et, ensuite, aller lever des fonds.