Compte-Rendu / Conférence + Table Ronde « La Révolution Blockchain » (19/06/2018)

Par Alexis Echegut

Contrairement à ce que l’on pourrait être tenté de croire, la région Auvergne n’est pas en reste quand il s’agit de Blockchain. Et pour cause, on aborde déjà avec pertinence le sujet des cryptomonnaies chez Domraider, dont le rayonnement a étonné la France, puis la scène internationale. Avancé comme un nouveau paradigme du système monétaire en lien avec la décentralisation de la gouvernance, la Blockchain est au centre des débats . Qui de mieux que Philippe Rodriguez, président de Bitcoin France, pour nous en parler ? Retour sur un sujet qui pourrait bien offrir une solution post capitalisme…



Synthèse de la présentation

Itinéraire d’un passionné

Philippe Rodriguez, aujourd’hui co-fondateur de la banque d’affaire et président de Bitcoins France, s’intéresse particulièrement au sujet des crypto-monnaies et de la Blockchain. Par le biais de son activité professionnelle, Philippe affirme tout de même porter un intérêt au monde plus traditionnel de la levée de fonds et de l’accompagnement des startups et entreprises technologiques. Ils accompagnent les entreprises Européennes à hauteur de 5 à 50 million de valeur d’entreprise. « On est très penché data et c’est un sujet très intéressant »

  • 2014. L’intérêt de Philippe pour la Blockchain arrive tôt, et ce, par le biais d’un client qui travaillait dans les HPC (High Performance Computing) « Dans nos data center on mine de la crypto-monnaie » lui a-t-il dit lors d’un déplacement dans l’Eurostar. Pour Philippe, le sujet était très mystérieux : « Mais de quoi parle-t-il !? »

Arrivé chez lui, il s’est documenté… Très vite, il eut l’envie d’emmagasiner un maximum d’informations sur le sujet. Il transforme alors son intérêt passager, porté par une grande curiosité pour cette innovation technologique, en une véritable passion.

  • 2017. De cette passion né un ouvrage :

La Révolution Blockchain : les algorithmes remplaceront ils les institutions ?


Que trouve on dans cet ouvrage ? Tout simplement une condensation de tout ce qui a pu se passer dans le domaine de la crypto-monnaie, de l’émergence de la question, à aujourd’hui. Philippe offre ici noir sur blanc le fruit de ses recherches passionnées.

« Algorithmes ou Institutions ? »

« Ma conviction est que l’on passe beaucoup de temps à expliquer le comment, mais pas assez le pourquoi. Le comment ne répond pas à la question du pourquoi cette technologie est importante pour notre société. Pour moi c’est plus une révolution sociétale que technologique. Il existe des centaines de vidéos explicatives de la Blockchain qui définissent le phénomène. Mais on ne se penche pas assez au niveau de la culture et des fondamentaux aux origines de la Blockchain. »

Blockchain et mouvements culturels

« Qui possède des Bitcoins dans la salle ? » (10% des participants)
« Qui a d’autres crypto-monnaie ? » (+ de 10% des participants)

La possession de crypto-monnaie aux états unis représente 8% de la population. Aujourd’hui, le commerce électronique a atteint un point d’inflexion et nous sommes à l’aube de l’adoption des crypto-monnaies avec un intérêts sinusoïdal des populations.

  • 2013 – Kiev

Les rebelles souhaitent faire la révolution en Ukraine. Nous sommes à un moment fort aux portes de l’Europe dans un contexte de guerre civile (Russie/Ukraine). Pour faire la révolution il faut de l’argent et la totalité des banques sont fermées; Comment faire ? PayPal ne permet pas non plus aux populations de transférer de l’argent. La machine Blockchain se met alors en marche. Les rebelles vont brandir un QR code (RIB) et le logo bitcoin face caméra:

Pourquoi ? Pour être pris en photo et vidéo par les journalistes afin que la diaspora ukrainienne puisse flasher le code et ainsi pouvoir transférer de l’argent facilement. Ici, il n’y a pas d’organisation centrale à l’inverse de PayPal et les autres groupes bancaires. Là est toute la différence ! L’organisation qui s’occupe du transfert est composée de toute la communauté des utilisateurs de Bitcoins. L’image est forte et déclenche une véritable réflexion : qu’y a-t-il derrière ces nouveaux mouvements ?

  • 1990’s – Les Cypherpunks

Coup de projecteur sur ce mouvement culturel des années 90. Les Cypherpunk émettent la théorie des Manifesto dans un contexte où internet en est à ses balbutiements. Porté par un avant-gardisme accru, ils affirment alors que la façon dont le monde va évoluer met à risque nos libertés. Si l’on continu sur cette lancée, les gouvernements vont lire toutes nos communications (mails, conversations téléphoniques…). Que vont devenir nos libertés d’expression à travers un monde qui va devenir en grande partie digital ? A l’époque pris pour des illuminés, il faudra attendre 2014 pour qu’on les prenne au sérieux…

Un certain Edward Snowden nous apprend que, oui, les Cypherpunk avaient raison; Le gouvernement lit les communications de tous les américains et bien plus encore. Les Cypherpunk sont alors au fondement d’un mouvement idéologique reconnu qui consiste désormais à se défendre face à cette surveillance de masse qui dérange.

Tout est question de confiance…

Lorsqu’une relation de confiance s’installe entre 2 humains, elle peut être mise à mal par l’intervention d’un troisième individu. Un climat de méfiance s’installe alors… Pour pallier à ce problème, les Cypherpunks mettent en relief la seule et unique chose tangible à laquelle l’humain peut se référer : les mathématiques (algorithme). Si l’on veut préserver notre vie privée dans le monde digital, on ne peut compter que sur nous-même… Les mathématiques arrivent en complémentarité afin de rétablir la vérité, en apportant des preuves tangibles, quantifiables et fiables scientifiquement.

Les Cypherpunk vont poser les bases de ce qui sera au fondement de questionnements nouveaux fin des années 90. On se pose désormais la question suivante : comment peut on échanger de la valeur grâce à la Blockchain? La révolution qu’apporte celle-ci est basée sur ce levier de confiance qu’elle peut apporter face aux institutions qui ne peuvent offrir que leur « bonne foi ».

« Qui a confiance en les math dans la salle ? » Quelques mains se lèvent
« Qui a confiance en les institutions ? » Personne…

Les débuts de la Blockchain, et du Bitcoin

  • 2008. Un membre de la communauté Cypherpunk produit un document sur la question d’échange de valeur (j’échange, je donne, et je n’ai plus en ma possession). Est-ce qu’on est  capable de créer cet échange de valeur sans la dupliquer l’objet ? Ne serait-on pas en train de créer une monnaie nouvelle ?
  • 2009. Un groupe de chercheurs propose une solution élégante basée sur un certain nombre de principe : « peer to peer cash ». Ils veulent créer un système de valeur et d’échange sans organisation centrale, seulement entre eux. Ils utilisent une open source, la théorie des jeux et d’autres procédés cryptographiques. C’est le début du Bitcoins.
  • 2014. On peut désormais construire d’autres Blockchain qui permettent de créer des monnaies alternatives et différents principes qui mettent en jeux des programmes et des nouveaux systèmes de confiance.
  • L’îles de Yap.

Cap sur la Micronésie. Cette îles est inconnue, et pourtant, les pierres taillées de 90 à 2m de haut en rond sur l’image interroge sur leur fonction. Elles se révèlent avoir une grande importance, puisqu’elles sont ni plus ni moins que la monnaie de l’îles. Ces gens-là ont découvert la Blockchain!

Pourquoi ? Car une fois sur l’îles, tout le monde sait à qui appartient telle ou telle pierre. Lors d’une transaction, on mène une cérémonie dans laquelle l’ensemble de l’îles se rappelle que la pierre de Paul est devenu la pierre de Jean. La pierre ne change pas de place mais seulement de propriétaire. La Blockchain fonctionne de la même manière. Au lieux d’être à un seul endroit détenu par une personne ou une banque, l’objet de valeur s’inscrit dans les consciences, dans l’ensemble des mémoires de la communauté comme appartenant à un individu précis. L’ensemble de la mémoire de la communauté permet alors de supprimer les institutions. Le bitcoins n’a ainsi jamais été piraté grâce à la force et la sécurité qu’impose son mode de fonctionnement communautaire. On se rend compte ici que le principe de la Blockchain est loin d’être récent.

Le nombre de Dunbar a été mis en évidence par une étude anthropologique dont on a beaucoup parlé au début de l’émergence des réseaux sociaux. Le nombre de Dunbar est de 150. Que signifie-t-il?

L’étude se base sur l’analyse de différents mammifères, afin de mettre en relief les groupes sociaux stables au sein de leurs meutes. Pour l’être humain, l’étude met en évidence que l’on peut se faire confiance à hauteur de 150 personnes. 10 000 ans avant JC on ne sait pas développer l’agriculture avec un nombre de Dunbar à 150. On a donc inventé les institutions, pourvoyeur de confiance afin de remédier à ce problème. La société contemporaine n’a pas confiance en les institutions, bien que ce soient les seuls systèmes pourvoyeurs de confiance que l’on possède aujourd’hui…Ils représentent à ce jour le seul moyen que l’on a trouvé pour faire augmenter le nombre de Dunbar. La Blockchain pourrait-elle faire exploser le compteur ?

La Blockchain est le remplacement de ce que l’on a besoin pour faire tourner nos société. Mais qu’est-ce que la confiance ? C’est un état d’esprit. Sa définition est un pari sur le fonctionnement et la bienveillance d’autrui “Pourquoi le barbier, à qui j’ai confié mon visage, ne me tranche-t-il pas la gorge ? Je prend le pari qu’il ne le fera pas.” Ce phénomène d’institution est basé sur un phénomène de croyance. Il est inscrit dans nos consciences que l’on peut avoir confiance en la banque, de la même manière que l’on peut avoir confiance en notre barbier. Pourtant, rien ne lui n’empêche ce dernier de nous trancher la gorge, comme rien dans l’absolu n’empêche la banque de voler notre argent…

Pour les Cypherpunk, faire confiance aux institutions est une hérésie: on ne peut pas faire confiance aux institutions centralisées gérées par les êtres humains. Il faut une preuve mathématique tangible et formelle, ainsi qu’un nouveau système comportant le moins d’êtres humains possibles aux commandes. Comment améliorer la société sans être humain à la gestion de nos systèmes pourvoyeur de confiance ? Voilà la véritable question. La réponse est Blockchain ? Comment prouver notre identité de propriétaire sans les institutions ? Comment échanger sans elles ? Comment signer des contrats ? Que va devenir le marché à travers la communauté Blockchain ? Tant que la révolution Blockchain n’aura pas eu lieu, ce seront autant de questions qui vont rester en suspens. On peut cependant affirmer que les systèmes décentralisés algorithmiques sont les sujets qui animent l’écosystème technologique de la communauté Blockchain contemporaine.

Où avons-nous besoin de relations de confiance ?

  • Dans la société digitale et numérique. Si l’on fait un bref constat, on se rend bien vite compte que l’on a pas besoin de connaître la Blockchain ou ‘être un Cypherpunk pour identifier que tout ne fonctionne pas comme on le voudrait. On est en phase d’une transition numérique…
  • Au niveau biologique. Comment fait-on pour se mettre d’accord avec autant de pays ? Chacun de nos actes n’a d’intérêt que si l’on a confiance en ceux d’autrui. Si l’on est le seul à trier ses déchets, l’effet sera nul. Beaucoup d’applications émergent pour mettre à profit ce système Blockchain dans le quotidien d’autrui (ex: gestion énergétique d’un foyer…)
  • Au niveau monétaire et financier. On a aujourd’hui la capacité d’inventer d’autres systèmes non basés sur les systèmes centrales (Bitcoins). La confiance est au fondement de ce nouveau mouvement.
  • Au niveau démographique. La transition démographique se fait aussi bien dans la pyramide des âges, qu’entre le nord et le sud. Il est nécessaire aujourd’hui que l’on puisse avoir une confiance installée qui puisse nous permettre de fluidifier les relations entre les pôles, et de maximiser la compréhension de l’évolution de nos populations.
  • Au niveau démocratique. On a du mal à mettre en place des transitions démocratiques (ex : vote électronique). Nous sommes aujourd’hui dans l’incapacité de la faire en raison des systèmes centralisés et des gros problèmes de sécurité. Il faut un système décentralisé basé sur la Blockchain. Ensuite, la vérification des données (votes) seront informatiques et mathématiques, sans humains.

Les avantages de la Blockchain et le principe du token

Sur la blockchain on a la possibilité d’émettre des tokens. Sorte de matérialisation numérique du bitcoin. On peut émettre des jetons comme on peut imprimer un billet de banque. On créer nos propres jetons et ils représentent l’ensemble de notre projet de manière numérique. On est donc désormais capable de prouver la propriété, et l’on peut faire des échanges de valeurs. En quelques semaines on peut, dans ce système innovant, faire un amorçage, nos premières série institutionnelles, et notre première cotation en bourse. La Révolution Blockchain est-elle en marche ? Aujourd’hui, 750 milliards de $ ont été soulevé pour développer les applications et les systèmes Blockchain. Nous sommes prémisse de quelque chose de grand…

Les nouvelles entreprises n’ont plus de titre, n’ont plus d’actions. Nous sommes à l’aube d’une révolution qui ressemble au post capitalisme, dans laquelle les entreprise sont des organisations décentralisés gérées par des contrats sans humain. « Les startup c’est top ringard ! » La nouvelle tendance ressemble aux organisation décentralisée menées autour de la Blockchain.


En témoigne l’exemple du créateur de Wikipédia… Quel était son business model ? Il n’en avait pas. Il souhaitait livrer le savoir du monde au reste du monde. Sans argent et sans busines modèle, difficile de trouver des alliés. C’est alors que Wikipédia né du principe de la Blockchain et représente aujourd’hui le 5eme site le plus visité au monde. Sa réussite est due à son cœur totalement décentralisé qui permet un échange de connaissance, sans banquier, sans action, sans titres…

La Révolution Blockchain est la capacité à pouvoir amener un monde meilleur avec des installations d’algorithmes dès que cela est nécessaire et pertinent. Beaucoup de développeurs actent tous les jours en ce sens et dépassent ainsi notre actuel modèle sociétal capitaliste. Il est temps que l’on se fasse confiance à travers la décentralisation des activités et la gouvernance communautaire. La révolution sera Blockchain.


Table Ronde et questions du public