Entretien / Betty Teixeira, chercheuse d’or étudiant

Par Damien Caillard
avec Cindy Pappalardo-Roy


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38 000 étudiants à Clermont, et combien d’entrepreneurs ? C’est le travail de Betty Teixeira et de son équipe du pôle PEPITE Auvergne : informer, sensibiliser, sélectionner et accompagner les jeunes en études supérieures (toutes écoles et universités) souhaitant créer leur entreprise. Le statut Etudiant Entrepreneur est fait pour l’étudiant désireux de combiner études et entrepreneuriat. Cela reste néanmoins un travail de fond mené par Betty et son équipe, concrétisé par de vraies réussites et une belle intégration dans l’écosystème.

Quelle est ta motivation professionnelle ?

J’ai un parcours atypique : je suis restée dans le financement pendant très longtemps, puis je me suis réorientée avec une reprise d’études à 37 ans. J’ai travaillé dans l’insertion professionnelle pendant 7 ans, ce qui m’a amenée au contact des jeunes. [Le plus intéressant pour moi], c’est de les aider à réussir. C’était ça qui me faisait plaisir : être un tremplin pour leur donner un coup de main dans leur réussite professionnelle et personnelle.

Avec quels jeunes en particulier travaillais-tu ?

Ils étaient en difficulté mais pas uniquement. (…) J’ai eu de tout comme profil : ceux qui avaient essayé un secteur d’activité, [ceux] qui voulaient en changer, des jeunes en échec scolaire … c’était au sein de l’UFCV* à Clermont, connu pour les BAFA**, vacances pour personnes handicapées, mais aussi insertion professionnelle pour les jeunes comme pour les adultes. Il faut pouvoir aider tout le monde, mais je suis plus à l’aise avec les moins de 25 ans. Parce qu’à cet âge, tout est possible ! Je trouve que c’est là que tu peux avoir un déclencheur qui fait que tu vas franchir une marche, et c’est super intéressant de les accompagner dans [ce processus].

Quel est selon toi le rôle de l’entreprise dans cette démarche ?

J’ai toujours eu conscience de l’importance de l’entreprise, notamment dans ma période financement. Quand j’étais dans l’insertion professionnelle, j’adorais aller voir les jeunes durant les stages, [analyser] leur besoin, leur positionnement … cela m’intéressait beaucoup. Et, très vite, je suis devenue chargée de relations entreprises de l’UFCV. Je trouve qu’il y a souvent une mauvaise compréhension du monde de l’entreprise par les jeunes, et mon rôle de médiatrice était de mettre en relation les deux univers. Et j’avais découvert un outil génial : les mini entreprises.

En quoi cela consiste-t-il ?

Par exemple, Entreprendre pour Apprendre [dispose d’]une telle boîte à outils. Dans les collèges ou les lycées, il faut un professeur qui [les encadre], et les jeunes vont décider de créer un projet d’entreprise, comme fabriquer un produit ou vendre un service. Très vite, ils vont mettre en place, au niveau d’une classe entière, la structure complète d’une entreprise, telle que le commercial, la direction, la RH… et ils vont jusqu’à réaliser et vendre le produit !

Journée d’intégration de la nouvelle promo 2018, le 1er février dernier – Betty est debout à gauche. Un aperçu de tous les étudiants entrepreneurs à Clermont sur une année

Comment s’est déroulée ton arrivée au pôle Pépite ?

En 2014, je suis partie de l’UFCV et j’ai intégré le Pôle Entrepreneuriat Etudiant Auvergne, aujourd’hui devenu Clermont Auvergne PEPITE. Nous sommes [à ce jour] une équipe de quatre personnes : Hélène Marian notre directrice étant enseignant-chercheur à SIGMA. Nos missions sont de sensibiliser, former et accompagner les étudiants à la création d’entreprise. Cela se concrétise plutôt surtout par du suivi et de la mise en relation pour des projets dans tous les secteurs (médecine, culture, social…).

« Mon rôle consiste à accompagner les étudiants jusqu’à l’entrée dans des process d’incubation ou de création d’entreprise. »

Mon rôle [consiste] plutôt [à] mettre en relation avec les bonnes personnes dans l’écosystème, et [à] accompagner les étudiants jusqu’à l’entrée dans des process d’incubation ou de création d’entreprise. C’est une mission de service public. Nous gérons le statut national d’Étudiant Entrepreneur, que seul les PEPITE peuvent délivrer. Cela permet aux étudiants labellisés d’être accompagnés par nos équipes au niveau national et local, et par nos partenaires. En plus, nous attribuons à chaque étudiant accompagné un référent en entreprise, comme un cadre de PME, un expert comptable, etc. ainsi qu’un référent entrepreneuriat de l’établissement universitaire dont il dépend.

Comment se passe ton travail au quotidien ?

On a toujours un gros travail de sensibilisation dans le monde étudiant. C’est ce que font Adrien et Estelle dans mon équipe : des présentations, des formations, de la présence sur les forums et les salons… car les jeunes qui viennent nous voir [nous connaissent] par le bouche-à-oreille, ou par la référence d’un partenaire, comme la maison Innovergne. Cela représente une belle croissance, de 16 étudiants accompagnés la première année à 72 en 2017 ! En revanche, on n’a pas assez de recul sur les statistiques de création et de survie d’entreprises. D’autant plus que le statut Étudiant Entrepreneur peut être ré-attribué d’une année sur l’autre.

Aussi, [nous progressons] sur un Certificat de Compétences pour valider ce travail. Et, tous les ans, au moment des soutenances en septembre, des étudiants me disent ne pas vouloir poursuivre leur projet mais avoir appris beaucoup de choses sur eux. [De même, ils ont] expérimenté des compétences intrapreneuriales comme le travail sur le business model ou la gestion d’un projet. Cela peut faire une expérience significative, éventuellement différenciante lors d’un recrutement.

Estelle et Adrien de l’équipe PEPITE Clermont, encadrée par Betty.

Comment travaillent les étudiants que tu côtoies ?

Qualitativement, on a un peu de tout : des étudiants super investis, qui vont travailler comme des fous, et qui parviennent à créer. D’autres qui ont du mal à avancer, que je ne vois que deux ou trois fois dans l’année parce qu’ils se rendent compte que c’est compliqué de monter une entreprise et mener ses études [en parallèle] ! Ou parce qu’ils ne sont pas faits pour ça. Créer une entreprise, ça demande de l’énergie, la capacité de travailler le week-end, et tout le monde ne peut pas forcément le faire.

Je me souviens d’un jeune très motivé dans ses études, dans la vie extra-scolaire, président de plusieurs associations étudiantes… et qui a craqué en montant son entreprise. Il n’était pas fait pour l’entrepreneuriat, pourtant il a été embauché dans une grande entreprise et a fini par encadrer des équipes. Mais il n’était pas fait pour créer sa boîte à 20 ans !

Quels sont les projets qui t’ont marquée ?

Parmi les plus belles expériences, il y a eu Romain Bureau de STAPS, qui a créé la salle de trampolines Gravity à Clermont. Bien sûr, Noël [Martignoni] et Gérald [Lelong] qui ont créé Easymov Robotics [en 2014]. C’est un bel exemple de parcours : tous deux Étudiants Entrepreneurs, Noël avait substitué son stage par le travail sur le projet, accompagné par BUSI pour préparer l’incubation ; ce qui leur a permis de passer devant le Comité Innovergne en septembre, en parallèle de leur diplôme, puis d’enchaîner 1 an d’incubation BUSI et le Bivouac. Maintenant, ils volent de leurs propres ailes. Et plus récemment deux étudiants de SIGMA ont créé leur entreprise et partagent leurs locaux à Cournon : Loïc (CMGO conseil et expertise en mécanique) et Paulin (NOVA RIDE fabrication et commercialisation de pièces de vélos).

« Nous sommes une boîte à outils, comme tous les acteurs de l’accompagnement. »

J’avais eu aussi en 2017 un très bel exemple, un étudiant franco-algérien venu de Toulouse et qui voulait développer des produits pharmaceutiques comme des crèmes dermatologiques pour l’Algérie ; en même temps, un pharmacien voulait créer une activité à destination des femmes allaitantes [dans le même pays] … et ils ont fini par créer une structure ensemble ensemble, avec chacun leurs produits et leurs compétences. Ils ont été accompagnés, on leur a facilité des déplacements, des locations de bureaux… on a favorisé leur développement. Nous sommes une boîte à outils, comme tous les acteurs de l’accompagnement.

[Finalement,] qui entreprend le plus ? C’est surtout un mélange. : nous avons accompagné beaucoup de jeunes de l’ESC ou de STAPS au début, mais aujourd’hui, nous recevons des étudiants de différentes formations.

Quel est le temps fort annuel pour Pépite ?

Le Prix Entrepreneuriat Étudiant est le moment phare du PEPITE, chaque année en mars. C’était Elodie qui l’avait mis en place en 2010-2011. C’est un concours dédié à tout étudiant qui souhaite présenter son projet devant plusieurs jurys comportant des enseignants et des représentants de l’écosystème. Tous types de projets sont acceptés, de simples idées travaillées à des entreprises déjà créées – cela passe dans différentes catégories. En 2018, 40 projets ont candidaté pour 10 prix qui représentent 10 000€ au total.

Les lauréats 2018 du Prix Entrepeneuriat Etudiant, le 22 mars dernier

C’est l’occasion pour les étudiants de confronter leur projet à quelqu’un d’autre que PEPITE ou que le professeur référent. J’insiste sur le fait que c’est un exercice pédagogique. En parallèle, je les pousse beaucoup à participer à d’autres événements [comme] le Startup Weekend – dont nous sommes partenaires – les prix de la BGE, de la CCI

Quel sont les prochains objectifs pour Clermont Pépite ?

On continue un gros travail de fond pour se faire connaître dans certaines branches ; par exemple, on commence à avoir des étudiants en éco-gestion. On doit encore développer notre notoriété en LEA, sciences humaines, etc. où on pourrait accompagner beaucoup de projets en innovation sociale.

« Le Prix Entrepreneuriat Etudiant est l’occasion pour les étudiants de confronter leur projet à quelqu’un d’autre que PEPITE »

Il faut dire aussi que l’entreprise doit être démystifiée. Beaucoup de jeunes pensent “multinationale” quand on leur parle d’entreprise, ils ne prennent pas en compte les start-ups, les free-lance, etc. L’idée n’est pas de transformer tous les étudiants en entrepreneurs, mais que celui qui a une idée ne se retrouve pas tout seul dans son coin à galérer.

Apprécies-tu de travailler à Clermont-Ferrand ?

J’adore l’écosystème clermontois, je trouve qu’il fonctionne bien ! Je travaille avec mes collègues PÉPITE des autres villes, et je trouve qu’ici on a facilement accès à l’information. On connaît bien la place de chaque acteur : les incubateurs, Innovergne, le Bivouac… on est capable de dire à quelqu’un qui arrive comment fonctionne l’écosystème, et l’envoyer vers des référents. Demain, si on a notre espace de coworking – ce que je souhaite – ce ne sera pas pour prendre la place d’un incubateur. Chacun doit faire son travail, c’est important auprès des financeurs, du public.

* UFCV : Union Française des Centres de Vacances et de loisirs
** BAFA : Brevet d’Aptitude aux Fonctions d’Animateur
*** ENSCCF : École Nationale Supérieure de Chimie de Clermont-Ferrand


Pour en savoir plus :
le site de Clermont Auvergne PEPITE


Entretien réalisé le 29 août 2018 à SIGMA Clermont. Propos synthétisés et réorganisés pour plus de lisibilité, puis relus et corrigés par Betty.
Photo de une par Damien Caillard pour le Connecteur ; autres visuels fournis par PEPITE Clermont Auvergne.

Résumé/sommaire de l’article (cliquez sur les #liens pour accéder aux sections)

  • #Motivation – Issue du monde du financement, Betty s’est réorientée vers l’insertion professionnelle au contact des jeunes. Elle souhaite avant tout les aider à réussir, quel que soit leur profil – diplômé ou non. « Parce qu’à [25 ans], tout est possible ! » résume-t-elle.
  • #RôleDeLEntrepriseLe cadre de l’entreprise, à travers un stage par exemple, est un bon révélateur des aptitudes de l’étudiant dans le monde professionnel. Mais Betty regrette une mauvaise compréhension du monde de l’entreprise par les jeunes, malgré de belles initiatives comme les mini-entreprises ou Entreprendre pour Apprendre.
  • #TravailPépiteEn 2014, Betty arrive dans la structure qui est aujourd’hui le pôle PEPITE Clermont Auvergne. Sous la direction d’un enseignant-chercheur à Sigma, elle coordonne une équipe de deux personnes. Son travail consiste à mettre en relation et à accompagner les étudiants entrepreneurs jusqu’à l’incubation  ou à la création, grâce au statut national d’Etudiant Entrepreneur. Il y a aussi un gros travail de sensibilisation, qui paye puisque 72 étudiants ont bénéficié du statut en Auvergne l’an dernier.
  • #EtudiantsEntrepreneurs – Outre le statut, Betty est certaine que l’expérience entrepreneuriale peut faire la différence sur un CV – un Certificat de Compétences est d’ailleurs en projet. Mais les étudiants motivés doivent savoir qu’ils mèneront de front leurs études et leur création d’activité : il faut être fait pour ça – ce qui ne signifie pas qu’on n’est pas fait pour travailler dans une entreprise, par ailleurs.
  • #ProjetsMémorables – Betty a été marquée par plusieurs projets au cours des années, comme la création de la salle Gravity à Cournon, de Easymov Robotics ou de Nova Ride. Ce sont de beaux exemples d’étudiants motivés, travaillant seuls ou en équipe, et qui ont pu progresser au sein de plusieurs structures d’accompagnement de l’écosystème. PEPITE leur a ainsi facilité ce développement.
  • #PrixEtudiantEntrepreneur – Ce prix est le moment phare du pôle PEPITE, il se tient chaque année en mars. C’est un concours destiné à tout étudiant, et les projets d’entreprises sont soumis à un jury mixte enseignants-membres de l’écosystème d’innovation. 10 prix sont attribués, pour 10 000 € au total. Mais le concours est aussi un exercice pédagogique.
  • #ObjectifsPépite – Betty souhaite développer la notoriété de PEPITE dans certaines branches du monde étudiant, comme l’éco-gestion, les LEA, etc. notamment pour accompagner des projets en innovation sociale. Et de continuer à rapprocher les jeunes du monde de l’entreprise en général.
  • #InteractionEcosystème – L’accès à l’information et le relationnel sont facilités à Clermont : « on connaît bien la place de chaque acteur« , résume Betty, et les référencements croisés se font naturellement.