Entretien / Clément Posada fait vivre le Bivouac

Par Damien Caillard
avec Cindy Pappalardo-Roy


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De l’équipe initiale du Bivouac, il reste Sandra Laurent et Clément Posada. Ce dernier est en charge de la communication et l’animation de l’accélérateur clermontois, et il y applique son expérience de l’événementiel acquise au sein du groupe Centre-France La Montagne. Son objectif : affirmer le positionnement du Bivouac au sein de Clermont et de l’écosystème French Tech, notamment par l’organisation de rendez-vous réguliers, et ainsi développer l’attractivité numérique du territoire auvergnat.

Tu t’es tourné très tôt vers la communication et l’événementiel. Pourquoi ?

Le choix de la communication était pour moi une façon de m’impliquer dans des domaines assez transverses. Au sortir de mes études, je me suis un peu spécialisé dans l’événementiel parce que tu touches à tout, de la conception stratégique à la réalisation terrain. De manière naturelle, je suis devenu un “couteau suisse”, et j’ai développé des compétences très diverses.

« En Auvergne, on se dit qu’on doit se rassembler pour exister au sein du grand ensemble régional. »

L’événementiel, c’est beaucoup de travail en coulisses : prospection, organisation… Tu dois tout contrôler pour gérer l’incontrôlable. Quand tu ouvres un événement grand public avec beaucoup d’exposants, tu es comme le maire d’une petite ville pendant quelques jours : responsable de tout, tout le monde vient te voir pour n’importe quel type de problème … les clients ont investi et attendent un retour qualifié. Mais j’ai toujours aimé avoir cette relation directe avec le terrain, et construire des choses sur la durée.

Quelle est ton expérience principale dans ce secteur ?

En 2004, Centre-France Événements* [CFE] cherchait un remplaçant pour 3 semaines. J’étais disponible … et je suis resté 11 ans. Il y avait tout à faire, et j’ai pris ma place là-dedans. On était peu, donc j’ai appris sur le tas beaucoup de choses très utiles tous les jours : gestion budgétaire, objectifs stratégiques, relation commerciale, relations partenaires, expérience technique et logistique… Une super opportunité pour développer un savoir-faire et savoir-être ! Et ça a bien marché puisque j’ai fini adjoint du directeur [en 2015]. Si tu fais le parallèle avec le monde des start-ups, c’est une expérience qui m’a servi : on était 3 quand je suis arrivé à CFE, 13 en partant.

A propos d’innovation, tu as été à l’origine du Salon Eurêka**.

J’avais mis le pied dans l’écosystème d’innovation quand on a monté Eureka avec Damien [Caillard] et Raphaël [Poughon]***. L’objet du salon Eureka était de positionner un événement sur le thème « entreprise et innovation ». La première édition revêtait plusieurs enjeux, dont le premier était la de la pression du résultat pour atteindre l’équilibre budgétaire , mais on y est quand même arrivé, avec un contenu assez riche ! J’ai travaillé avec Virginie Formica****, et ensemble, on a découvert pas mal d’acteurs du monde de l’innovation. C’est là que j’ai rencontré Emmanuelle [Perrone] et découvert Epicentre. C’est aussi là que j’ai commencé à entendre parler du TEDx, et rencontré beaucoup d’acteurs: CCI Innovation, Innovergne, les Business Angels … des acteurs que l’on croise encore aujourd’hui. On avait monté un partenariat avec Orange, j’ai rencontré Christophe Such ***** à ce moment là, avant de le retrouver au Bivouac !… Sur le côté innovation, c’était le premier événement sur l’Auvergne.

Le premier salon Eureka, autour du stand Centre-France (avec une démo de Fabrice Cailloux du SquareLab). Clément a été l’organisateur de cette édition 2015 qui fut un vrai succès, hélas difficile à reproduire par la suite.

J’ai trouvé ça rafraîchissant. C’est dommage que le salon se soit arrêté. [Au final,] je pense que tu peux fédérer des gens autour du thème de l’innovation ici, mais c’est difficile d’avoir de la rentabilité dans un [tel] salon. Quand tu es organisateur, c’est un business pour toi et pour les exposants. Quand le salon est juste une vitrine, c’est différent.

Juste après le premier salon Eurêka, tu as été recruté au Bivouac. Comment se sont passés les premiers mois ?

Les quatre membres de l’équipe initiale****** venaient tous du privé, [avec] un apport et un vécu différents. Et on se retrouvait au milieu d’un truc qui cristallisait beaucoup [d’espoirs], c’était hyper excitant ! Au début, tu pars un peu dans tous les sens. On a travaillé sur notre plus-value, avec des partenaires qui n’avaient pas tous les mêmes attentes. C’était [difficile] de répondre à tout avec quatre personnes. Il y a eu un énorme appel d’air avec plein de choses à faire, un engouement énorme – que l’on a ressenti [très fortement] à l’inauguration en juin 2016. (…) L’idée [initiale] était de marier « entreprendre » et « innover », avec une vraie notion business. En Auvergne, on se dit qu’on doit se rassembler pour exister au sein du grand ensemble régional.

Les membres de l’équipe initiale du Bivouac : Clément, Sandra, Sylvain, Justine (qui les a rejoint temporairement plus tard) et Benoît.

Au final, on a créé des choses, avec la chance d’avoir des fonds disponibles pour tenter et mettre en place la structure. La mission a été réalisée, [soit] beaucoup de choses en peu de temps, en mobilisant [largement] autour de nous (des partenaires du Bivouac ou des personnes de l’écosystème). Au départ, je me disais qu’on allait avoir 6 mois d’engouement puis que la vague allait retomber…. Mais en fait, non ! Et cette dynamique nous a permis de construire l’image du Bivouac, en local et au niveau national. “Mobilisation”, “fédération”, “accessibilité” sont des mots qui correspondent bien à notre état d’esprit, et ce qui ressort de cet écosystème. Des mots qui reviennent également qui dans la bouche de personnes qui ne viennent pas d’ici ; par exemple cette année, des journalistes de Maddyness et 1001 startups sont venus sur le Démocamp, et confirment cette écoute et cette bienveillance, qui provient du fait que les gens travaillent ensemble.

Un de tes axes principaux est l’attractivité du territoire …

Quand on a commencé à travailler, je disais qu’on devrait travailler plus fort que d’autres destinations comme Nantes ou Toulouse, qui ont une “meilleure image”. (…) On a donc mis nos forces en avant, à travers les appels à projets : le Bivouac et sa plus-value, mais aussi les avantages du territoire, comme être à dix minutes du siège mondial de Michelin, à vingt minutes de la plus longue chaîne de volcans en Europe, etc.

« Au départ, je me disais qu’on allait avoir 6 mois d’engouement puis que la vague allait retomber…. Mais en fait, non ! »

Et on a essayé de mettre en avant des retours de personnes qui ont vécu l’accueil au Bivouac et à Clermont. L’exemple de Laou est top pour ça. Quand Perrine et Aurore******* sont venues pour le séminaire Mobilitech, je me souviens du dîner à l’espace Montagne : Aurore m’a dit qu’elle adorait la dynamique et l’énergie des personnes réunies autour du Bivouac. C’est la preuve par le vécu : tout le monde peut affirmer que sa destination est la meilleure, mais nous on veut être réaliste et dire pourquoi Clermont peut convenir à des gens.

Tu es notamment en charge de l’animation du Bivouac. Quels en sont les principaux rendez-vous ?

Le Democamp est un rendez-vous important (…) parce que le Bivouac est un outil territorial, et que les gens d’ici doivent voir ce que l’on fait. On a aussi mis en place, pour la première fois, un Bootcamp, séminaire de deux jours hors du Bivouac – au pied du Puy-de-Dôme – avec l’ensemble des nouvelles start-ups, l’équipe et des intervenants qui faisaient des ateliers business mais aussi du ludique en mode team building. Ce genre d’événement est capital car tu crées le sentiment d’appartenance que les start-ups viennent chercher ici, et ça fait un vrai moment de lancement.

Crédit : Damien Caillard

Accueil du séminaire Mobilitech en novembre 2016 par Clément

Un autre projet, c’est une masterclass avec des intervenants de niveau national ou international comme Olivier Ezratty. Je trouve ça intéressant parce que le Bivouac doit être un accès à de la ressource de grande visibilité, et c’est bien de faire venir des gens de ce niveau sur Clermont. Et bien sûr, les appels à projets thématiques, qui servent la visibilité nationale et assurent le sourcing des start-ups.

Comment gères-tu en parallèle les plus « petits » événements ?

Les petits rendez-vous sont très utiles et demandent beaucoup moins de ressources pour l’organisation ! Les Good Morning Bivouac sont des portes d’entrée très simples pour rencontrer du monde, faire du réseau, et ils attirent toujours : toutes les semaines, on est 10 à 20. Cela permet d’échanger des infos passées, à venir, présenter des gens, partager, etc. Les Flashcamps, quant à eux, permettent d’aborder des thèmes de manière ciblée et rapide. Ce sont aussi des portes d’entrée simples qui amènent du monde au Bivouac. Enfin, on essaie de participer à différents événements pour pouvoir capter des ressources RH pour les start-ups, en participant à des [rendez-vous] qui existent déjà, à l’ISIMA par exemple.

Crédit : Damien Caillard

Clément représente aussi le Bivouac à de nombreux événements tiers, comme ici le Uphéros Lyon en février 2017

Quelle est l’importance du lien entre Bivouac et French Tech selon toi ?

Au départ, c’était dans notre mission de « structurer un écosystème French Tech ». Hélène [Ribeaudeau] était avec nous pour préparer le dossier et la candidature. Nous, on s’inscrit bien dans cette dynamique. Et le développement [depuis 2016] est assez positif : plus de 30 start-ups accompagnées, avec certaines boîtes parisiennes qui ont décidé de développer leur business ici, des créations d’emplois… Aujourd’hui, on est un outil important dans la French Tech Clermont, même si elle dépasse largement le cadre du Bivouac.

*société d’organisation d’événements, filiale du groupe Centre-France La Montagne
**événement sous forme de salon dédié à l’innovation et à l’entrepreneuriat en Auvergne. Le Salon Eurêka a été organisé deux fois, en novembre 2015 puis novembre 2016.
***Raphaël Poughon est animateur au Lab Centre-France. Il travaillait avec Damien Caillard à l’époque, votre serviteur, aujourd’hui en charge des pin’s parlants et des entretiens-fleuve au Connecteur
****aujourd’hui en charge de la communication et du développement à Centre-France Evénements
*****responsable innovation pour Orange sur la région Auvergne-Rhône-Alpes, et créateur du moteur de recherche Startup Place
******Benoît Membré (directeur), Sandra Laurent (responsable administrative), Sylvain Poisson (responsable de l’accompagnement des start-ups) et Clément (responsable communication et animation)
*******Perrine Bailly et Aurore Thibaud, co-fondatrices de la start-up Laou, basée au Bivouac


Pour en savoir plus :
le site du Bivouac
le site de Centre-France Événements
notre reportage du 22 avril 2017 sur la mobilité à Clermont


Propos recueillis le 26 juin 2018 dans les locaux du Bivouac, sélectionnés et réorganisés par la rédaction pour plus de clarté puis relus et corrigés par Clément.
Crédits photo : Damien Caillard pour la Une et les photos de la période Bivouac

Résumé/sommaire de l’article (cliquez sur les #liens pour accéder aux sections)

    • #CommunicationEvénementiel – Dès la fin de ses études, Clément est intéressé par l’événementiel et la communication, qui lui assurent une vraie diversité d’expérience tout en gardant une proximité terrain et un relationnel client fort.
    • #CentreFranceEvénementsPremière expérience professionnelle d’envergure au sein de la filiale événementielle du groupe Centre-France La Montagne. Clément l’a faite grandir de 3 à 13 collaborateurs durant 11 ans, parvenant au poste de directeur adjoint.
    • #SalonEurêkaSon contact principal avec le monde de l’innovation sur Clermont fut lors de la préparation du salon Eurêka, qui a eu lieu deux fois en 2015 et 2016. Ce salon, dédié à l’innovation et à l’entrepreneuriat, fut une vraie réussite pour sa première édition, mais il n’a pas été reconduit au-delà de 2016 car le modèle économique n’était pas pérenne.
    • #RecrutementBivouac – En janvier 2016, Clément intègre le Bivouac en tant que responsable animation et communication. La première équipe de 4 personnes avait tout à construire, en navigant entre les attentes des différents fondateurs. Clément a beaucoup apprécié l’engouement qui a duré bien au-delà de l’inauguration de juin 2016.
    • #Attractivité – Il fallait construire l’image du Bivouac, mais, au-delà, celle de l’écosystème d’innovation clermontois dont l’accélérateur de start-ups était le porte-étendard institutionnel. Clément était persuadé qu’il fallait mettre les bouchées double pour « rattraper le retard d’image » vis à vis de villes telles que Nantes ou Toulouse. Il a insisté sur la proximité au sein de l’écosystème, le cadre de vie et la bienveillance qui y règne.
    • #GrandsRendezVous – En termes d’animation, Clément a mis en place une série de rendez-vous d’envergure qui rythment l’année du Bivouac : le Démocamp annuel qui est une vitrine de l’accélérateur, le Bootcamp, plus récent, pour l’accueil des promos (bientôt complété par des masterclass), et les Appels à projets nationaux qui donnent une vraie visibilité.
    • #PetitsRendezVous – Ces grands rendez-vous sont complétés par des temps forts plus modestes mais plus réguliers et destinés à l’écosystème : Good Morning Bivouac tous les mardi matin pour partager les bonnes nouvelles de manière conviviale, Flashcamp mensuels sous forme de mini-conférences thématiques et pratiques, et participation à des événements tiers qui apportent réseau, visibilité ou compétences/expertise.
    • #FrenchTechClermont – L’équipe du Bivouac avait travaillé à la rédaction de la première candidature French Tech en 2016. Aujourd’hui, Clément considère que l’apport du Bivouac en termes de start-ups hébergées et d’emplois créés en font un outil important au sein de la French Tech Clermont Auvergne, même si le périmètre de cette dernière dépasse celui de l’accélérateur clermontois.