Entretien / Isabelle Mounier, cap sur la vingtaine pour BUSI

Par Damien Caillard
et Cindy Pappalardo-Roy

L’incubateur BUSI a toujours été présent dans le paysage clermontois. Et pour cause, c’était lors de sa création le premier incubateur public de France ! Isabelle Mounier en est la directrice depuis 2016, une évolution logique après avoir passé plusieurs années dans la structure sur les sujets juridiques, en parallèle avec une expérience bien remplie dans deux start-ups à forte teneur technologique. A l’aube des 20 ans de BUSI, elle revient avec fierté sur les entreprises qu’elle a contribuée à lancer, et sur la valeur ajoutée d’un incubateur public dans un écosystème d’innovation.


Accéder au résumé/sommaire de cet article


Comment as-tu connu l’écosystème d’innovation clermontois ?

Je suis juriste de formation, diplômée en droit des affaires de la faculté de droit de Clermont-Ferrand. Je me suis toujours intéressée à la création d’entreprise, alors quand jeune diplômée, j’ai appris qu’un incubateur se montait en Auvergne, j’ai candidaté en tant que stagiaire juriste. Je pressentais que les problématiques juridiques seraient au cœur de la création d’entreprises innovantes.

J’ai d’abord fait un stage de six mois et accompagné les débuts de BUSI et les premiers créateurs du programme sur les volets juridiques et propriété intellectuelle. À l’issue de mon stage, l’incubateur a souhaité m’embaucher. J’ai alors partagé mon temps entre BUSI et la Valorisation de l’Université Blaise Pascal. Quand plus tard un des projets d’entreprise en biotechnologie que je suivais m’a proposé de le suivre, j’ai opté pour l’aventure Start-up et rejoint Avidis dès sa création. Avidis est une spin-off du Medical Research Council et de l’Université de Cambridge (Royaume-Uni) créée en 2000, valorisant 17 brevets universitaires et comptant dans ses rangs le Prix de Nobel de Chimie Sir John Walker.

Comment as-tu évolué au sein de ce projet ?

Rapidement ! D’abord en charge de l’administratif, du juridique, puis de la comptabilité et de la finance, je suis finalement devenue le bras droit du dirigeant, travaillant tant sur les aspects stratégiques comme les levées de fonds que sur le développement de l’entreprise. Nous avons aussi beaucoup recruté et, comme le droit touche beaucoup de sujets,  j’ai participé à tous ces aspects.

Ce que je garde comme souvenir, c’est l’ascenseur émotionnel : on passe de phases d’euphorie, par exemple au bouclage d’une levée de fonds ou à l’obtention de premiers résultats scientifiques, mais on rencontre aussi des difficultés au niveau scientifique justement, mais aussi dans la recherche de financements et dans les aspects humains. Nous devions monter une équipe extrêmement internationale, avec des profils très pointus et diversifiés : c’est tout aussi passionnant que complexe à gérer.

Tu as aussi connu des expériences différentes…

Quand j’étais chez Avidis, l’Université Blaise Pascal m’a proposé de monter un cours de « droit du numérique » pour des étudiants en Master 2 Informatique. Dans les années 2000, c’était une première et tout était à bâtir. Je donne toujours ces cours. Parler de droit à des informaticiens n’est pas une évidence et mon défi consiste à leur démontrer que cela touche leur métier de tous les jours. Aujourd’hui, je sensibilise même des enseignants. Et comme c’est un sujet qui évolue avec l’actualité, cela suppose d’adapter régulièrement les contenus et la pédagogie.

« Ce que je garde comme souvenir, c’est l’ascenseur émotionnel : on passe de phases d’euphorie à des difficultés au niveau scientifique, financier et dans les aspects humains. »

Vers 2004-2005, j’ai également intégré un groupe de taille moyenne dans le transport et la logistique en tant qu’attachée de direction. Mais le rythme start-up m’a vite manqué et quand j’ai rencontré un informaticien qui cherchait un associé pour son entreprise, une start-up issue de BUSI… J’ai refait le saut.

Quelle a été ton implication dans cette start-up ?

Chez Symeos, une entreprise de sécurité informatique, j’étais associée, en charge de l’administratif, le financier et le juridique. Contrairement à une « biotech », ce type d’entreprise génère du chiffre d’affaire dès ses débuts. Mes compétences juridiques ont crédibilisé le projet : la protection des données personnelles, les liens avec la CNIL, la gestion des brevets, du crédit impôt recherche et du statut de Jeune Entreprise Innovante… Mes domaines d’intervention étaient nombreux et variés.

Mobile World Congress de Barcelone pour Symeos, 2014.

Mais BUSI n’est jamais loin…

Comme un fil conducteur en effet. En 2007, j’ai reçu un coup de fil de Marion Rongère qui dirigeait l’incubateur : le poste de juriste s’était libéré, elle me proposait de revenir. Avoir passé plusieurs années sur le terrain m’avait donné une « masse critique » d’expérience que je pouvais mettre au service des porteurs de projet. Mais, comme je ne voulais pas abandonner Symeos, je suis revenue chez BUSI sur la base d’un mi-temps et j’ai gardé ces deux postes pendant neuf ans. Au départ de Marion en 2016, on m’a proposé de devenir directrice de BUSI et j’ai bien-sûr accepté, tout en maintenant mes fonctions de juriste et en basculant à temps plein.

« Avoir passé plusieurs années sur le terrain m’avait donné une ‘masse critique’ d’expérience que je pouvais mettre au service des porteurs de projet. »

Justement, parle-nous de l’incubateur …

BUSI est le pionnier des incubateurs publics, le premier créé en France ! Le principe de base était de soutenir toute activité innovante liée ou issue de la recherche publique. Mais en 2003, quand la Métropole et le Conseil Régional sont intervenus dans son financement, en complément du Ministère de la Recherche, l’incubateur s’est ouvert à « tout porteur d’une innovation scientifique, technique ou technologique« . Que ce soit dans les secteurs de la santé, des biotechnologies, de la robotique, de la mécanique avancée ou de l’électronique, BUSI favorise l’éclosion d’entreprises innovantes sur tout le territoire auvergnat.

Bureaux de Winch Sport & Nutrition, start up issue de Busi, à Pascalis.

Comment se passent les candidatures pour les start-ups?

Nous n’avons pas de « promotion » : nous accueillons au fil de l’eau et notre comité de sélection se réunit tous les mois. Les projets, pour être accueillis, doivent avoir dépassé le stade de l’idée, ce qui signifie que le concept doit être élaboré. S’il n’y a pas de prototype par exemple, le porteur doit avoir quelques pistes pour le réaliser. On accompagne alors les projets (et leurs porteurs) jusqu’à leur concrétisation en entreprise.

« Nous n’avons pas de « promotion » : nous accueillons au fil de l’eau et notre comité de sélection se réunit tous les mois. »

Aujourd’hui, la demande d’accompagnement porte également sur les premiers mois après la création. Les dirigeants apprécient de voir ainsi sécurisé le lancement de leur entreprise. Dans le numérique, cela peut aller jusqu’à la première vente. Dans les biotech, c’est plutôt quand l’équipe est en capacité de faire une première levée de fonds, ce qui peut être beaucoup plus long.

Que peut apporter BUSI à ces projets?

Ce qu’on amène à ces projets se résume en trois mots : expertise, fiabilité, réactivité. C’est d’abord les compétences pluridisciplinaires de notre équipe que viennent chercher nos entrepreneurs. On leur apporte ensuite un réseau : l’incubateur travaille avec de nombreux partenaires et contacts, établis depuis vingt ans. Ce qui donne une visibilité immédiate aux projets auprès de tous les financeurs du territoire.

Notre réseau d’anciens incubés est aussi une source de collaborations, de retours d’expériences et de relais vers des prestataires. Nous bénéficions enfin de ressources uniques avec l’Université, l’INSERM et le Biopôle Clermont-Limagne qui nous ouvrent les portes de leurs laboratoires. Dans les sciences de l’ingénieur, on peut aussi accéder à des locaux spécifiques, permettant par exemple d’utiliser des fers à souder, des machines-outils, de répondre à des besoins en puissance électrique…

Remise des prix du Concours I-Lab, Paris 2018. L’équipe de BUSI est accompagnée des fondateurs de la société SABI AGRI, lauréats d’un grand prix du Jury I-Lab 2018

Aussi, les partenariats avec les plus grandes entreprises commencent à se mettre en place. Nous accompagnons les porteurs de projets pour qu’ils soient le plus autonomes possible : nous les guidons vers les bons contacts, mais ce sont eux qui font les démarches, et si un partenariat s’ébauche, nous pouvons les aider à en formaliser le cadre. A ce titre, je sens une évolution dans les mentalités : les entreprises déjà installées ont compris qu’elles devaient aller vite et que travailler avec une start-up en incubation pouvait être une façon d’accélérer.

Quels sont les prochains objectifs?

Nous allons fêter nos 20 ans en 2019, le bel âge ! Je suis vraiment fière du parcours de l’incubateur et de son palmarès : 128 entreprises crées dont Allegorithmic, Exotic Systems, Oxsitis, Effidence, 4D Virtualiz, CMI’Nov, Ictyopharma, ou encore Afyren, moins connu mais double lauréat du concours mondial de l’innovation lancé par Anne Lauvergeon.

« Nous allons fêter nos 20 ans en 2019, le bel âge ! Je suis vraiment fière du parcours de l’incubateur et de son palmarès. »

Quelle est ta vision de l’écosystème clermontois ?

Je suis amenée à participer à plusieurs jurys côté Rhône-Alpes et je peux dire que nous n’avons pas à rougir de nos projets. Notre écosystème clermontois est à taille humaine, il existe une proximité qui offre de la fluidité entre les projets et de l’efficacité dans leurs soutiens. La taille de l’incubateur, avec sa petite équipe qui fonctionne elle aussi comme une start-up, est également un avantage. Notre réactivité est un atout qui nous distingue des autres territoires.


Pour en savoir plus :
le site officiel de BUSI


Entretien réalisé le 29 novembre 2018 à Pascalis par Damien Caillard. Propos synthétisés et réorganisés pour plus de lisibilité par Cindy Pappalardo-Roy, puis relus et corrigés par Isabelle.
Visuels fournis par Isabelle sauf la photo de Une, par Damien Caillard pour le Connecteur.

Résumé/sommaire de l’article (cliquez sur les #liens pour accéder aux sections)

  • #ParcoursProfessionnel – Isabelle Mounier est juriste de formation, diplômée en droit des affaires de la faculté de droit de Clermont-Ferrand. Quand elle a appris qu’un incubateur se montait en Auvergne, elle a candidaté en tant que stagiaire juriste. À l’issue de ce stage à BUSI, l’incubateur a souhaité l’embaucher. Quand plus tard un des projets d’entreprise en biotechnologie qu’elle suivait lui a proposé de le suivre, elle a opté pour l’aventure Start-up et rejoint Avidis dès sa création.
  • #Évolution – D’abord en charge de l’administratif, du juridique, puis de la comptabilité et de la finance, Isabelle est finalement devenue le bras droit du dirigeant, travaillant tant sur les aspects stratégiques que sur le développement de l’entreprise. Ce qu’elle garde comme souvenir, c’est l’ascenseur émotionnel : passer de phases d’euphorie à des difficultés à plusieurs niveaux.
  • #Expériences – Quand elle était chez Avidis, l’Université Blaise Pascal a proposé à Isabelle de monter un cours de « droit du numérique » pour des étudiants en Master 2 Informatique. Dans les années 2000, c’était une première et tout était à bâtir. Vers 2004-2005, elle a également intégré un groupe de taille moyenne dans le transport et la logistique en tant qu’attachée de direction ; mais le rythme start-up lui a vite manqué et quand elle a rencontré un informaticien qui cherchait un associé pour son entreprise, une start-up issue de BUSI, elle a « refait le saut ».
  • #BUSI – BUSI est le pionnier des incubateurs publics, le premier créé en France. Le principe de base était de soutenir toute activité innovante liée ou issue de la recherche publique. Mais en 2003, quand la Métropole et le Conseil Régional sont intervenus dans son financement, en complément du Ministère de la Recherche, l’incubateur s’est ouvert à « tout porteur d’une innovation scientifique, technique ou technologique ». Que ce soit dans les secteurs de la santé, des biotechnologies, de la robotique, de la mécanique avancée ou de l’électronique, BUSI favorise l’éclosion d’entreprises innovantes sur tout le territoire auvergnat.
  • #Candidatures – BUSI n’a pas de « promotion » : Isabelle t son équipe accueillent au fil de l’eau et le comité de sélection se réunit tous les mois. Les projets, pour être accueillis, doivent avoir dépassé le stade de l’idée, ce qui signifie que le concept doit être élaboré. S’il n’y a pas de prototype par exemple, le porteur doit avoir quelques pistes pour le réaliser. Aujourd’hui, la demande d’accompagnement porte également sur les premiers mois après la création. Les dirigeants apprécient de voir ainsi sécurisé le lancement de leur entreprise.
  • #Objectifs – BUSI va fêter ses 20 ans en 2019. Isabelle Mounier précise comme elle est fière du parcours de l’incubateur et de son palmarès : 128 entreprises crées dont Allegorithmic, Exotic Systems, Oxsitis, Effidence, 4D Virtualiz, CMI’Nov, Ictyopharma, ou encore Afyren, moins connu mais double lauréat du concours mondial de l’innovation lancé par Anne Lauvergeon.
  • #ÉcosystèmeClermontois – Isabelle nous donne sa vision de l’écosystème local : « Notre écosystème clermontois est à  taille humaine, il existe une proximité qui offre de la fluidité entre les projets et de l’efficacité dans leurs soutiens. La taille de l’incubateur, avec sa petite équipe qui fonctionne elle aussi comme une start-up, est également un avantage. Notre réactivité est un atout qui nous distingue des autres territoires ».