Entretien / Jean-Sébastien Alègre court circuite les courses

Entretien / Jean-Sébastien Alègre court circuite les courses

Par Véronique Jal
et Cindy Pappalardo-Roy

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Jean-Sébastien Alègre a l’âme d’un entrepreneur. Il a su convaincre dès le départ de la pertinence de son projet avec MonDriveLocal. Il réconcilie les circuits-courts et le numérique et apporte une touche de modernité et d’efficacité dans la relation entre le producteur et le consommateur.
Avec sa nouvelle proposition Fruithy, il se lance un nouveau défi en se tournant vers le secteur B to B, car de l’audace il en a à revendre.

Tu es le fondateur de Mondrivelocal et, depuis peu, de Fruithy. Peux-tu nous raconter d’où vient le déclic ?

Quand j’étais petit, je voulais être paysan, comme mon oncle dans le Tarn. J’ai ensuite lâché l’idée mais je me suis toujours intéressé à l’alimentation, l’agriculture, les circuits courts, etc. Après mes années d’étudiant, j’ai voulu choisir mes produits : j’ai testé La Ruche qui dit Oui, les AMAP… Cela me convenait parfaitement pour les produits, mais beaucoup moins au niveau du service : j’étais toujours en retard pour la récupération de la commande, bref, ce n’était pas adapté pour moi. Donc l’idée du Drive, au départ, c’était juste ça : l’idée de simplifier la vie de ceux qui voulaient acheter local sans faire le tour des producteurs ; un site, un lieu d’enlèvement…

Après mes années d’étudiant, j’ai voulu choisir mes produits. Cela me convenait parfaitement pour les produits, mais beaucoup moins au niveau du service.

Et puis ensuite, Auvergne Nouveau Monde lançait son appel à projet « Up » avec un accompagnement pour une campagne de crowdfunding avec Ulule. J’ai déposé mon projet et ça a plutôt bien marché : j’ai réussi ma campagne avec 17 000€, puis il y a eu l’incubation à SquareLab, l’accélération au Bivouac… Ce sont plein de petits jalons, des signaux positifs qui te poussent à continuer. Entre l’idée de départ et MonDriveLocal d’aujourd’hui, il y a eu deux ans de maturation et deux ans d’exploitation. J’ai exploré plusieurs pistes : celui d’un partenariat avec la grande distribution pour commencer, puis j’ai voulu tester la livraison à domicile ; ensuite, nous avons cherché des points relais équipés en froid.

Aujourd’hui, MonDriveLocal, c’est un site de commandes en ligne de produits locaux dont la gamme s’élargit progressivement. Nous avons également évolué sur la dimension locale : tout ce qui peut être trouvé en Auvergne vient d’Auvergne, mais quand nous ne trouvons pas d’offres sur place, nous élargissons : nos conserves viennent de Dordogne et nos sardines de Marseille par exemple. Les bananes, c’était un vrai cas de conscience ! Pas possible en local mais tellement demandées… nous avons donc référencé une banane française issue du commerce équitable et transportée par bateau. Notre logique est de répondre aux attentes de nos clients pour qu’ils puissent faire un maximum de leurs courses en respectant au plus près nos valeurs.

Aujourd’hui, MonDriveLocal, c’est un site de commandes en ligne de produits locaux dont la gamme s’élargit progressivement.

Autre évolution récente, le lancement de Fruithy : une offre de livraison en entreprise de fruits frais, fruits secs, jus, biscuits, café… C’est une activité BtoB assez complémentaire : mêmes produits, mêmes fournisseurs, même finalité « bien manger avec bonheur ». Pour la gestion d’entreprise, c’est une activité plus régulière, c’est top.

Quelques chiffres ?

60 à 80 clients / semaine – 2 500 comptes crées sur le site – 19 000 produits livrés depuis le début – 1 500 produits référencés (pas tous en même temps, ça dépend de la saison !) – 80 producteurs – 20 points de livraison.

Finalement, quand tu racontes l’histoire de MonDriveLocal, en creux, il est souvent question de rencontres et de ‘Allons-y, on verra’ ; c’est ce qui t’anime, la rencontre et l’adrénaline ?

Oui, complètement. J’ai fait toutes mes études en Auvergne, à Montlucon, puis à l’université à Clermont. Lorsque j’ai cherché mon stage de fin d’étude, j’ai été dans une boite de vingt personnes qui fabriquait des composants électriques. Il n’y avait pas de service marketing et mon premier patron (le seul, en fait) fonctionnait à la confiance, il m’incitait à tester. J’ai démarré stagiaire puis je suis resté comme chargé de marketing, chef de produit puis chef de marque pour terminer. J’ai découvert le sourcing asiatique, un nouvel univers ; puis l’entreprise a décidé de relocaliser ses appros. Il a donc fallu repenser les composants et trouver les bons fournisseurs locaux pour maintenir les prix : c’était une première démarche de circuits courts dans l’industrie ! J’en suis parti pour monter MonDriveLocal et mon patron m’a dit qu’il avait toujours été convaincu que je serai entrepreneur, c’est plutôt encourageant.

J’ai rencontré beaucoup de personnes décisives pour l’entreprise dans des contextes non professionnels et de manière non réfléchie, c’est ce que j’aime, cette dimension humaine.

J’ai rencontré beaucoup de personnes décisives pour l’entreprise dans des contextes non professionnels et de manière non réfléchie, c’est ce que j’aime, cette dimension humaine. Par exemple, parce qu’une cliente m’a demandé une proposition de repas pour ses réunions de travail, j’ai testé une nouvelle offre. J’ai hésité car ce n’est pas vraiment mon métier, mais la finalité reste la même (les produits, les fournisseurs…). Donc j’ai dit oui, et le test a été concluant. J’aime beaucoup les défis, je suis très joueur, et l’idée de relever un nouveau challenge, que je vais prendre à bras le corps, c’est ce qui me motive. L’adrénaline de la mise en place,voir, tester, ajuster, etc. Je n’aime pas la routine, j’ai besoin de nouveautés.

D’autres projets, dans dix ans ?

Dans dix ans, sans doute plein de nouveaux projets, de nouvelles idées – que j’ai déjà en tête d’ailleurs ! Je pense que je serai toujours entrepreneur, parce que j’aime ça et je dois avouer que même si je gagne beaucoup moins bien ma vie qu’avant, je suis beaucoup plus épanoui ; je ne vois passer ni les semaines, ni les mois. Je bosse beaucoup mais il y a une vraie satisfaction de voir les résultats obtenus. La prophétie de mon premier patron s’est avérée, on ne devient pas entrepreneur par hasard et c’est tellement difficile que, pour le rester, il faut vraiment que ça vous corresponde.

Tu es plein d’énergie, qu’est ce qui te régénère ?

Le sport, le sport, le sport… La satisfaction des clients, c’est un truc tout bête mais je fais moi même les livraisons à domicile et celles des entreprises, j’adore leur sourire quand j’arrive avec mon panier, ça fait un petit shoot d’adrénaline qui est vraiment très sympa. Mon entourage aussi, ma copine me soutient, m’encourage, aime bien ce que je fais. Quand on sent que son entourage est fier, c’est hyper valorisant. Et puis encore une fois, les nouvelles idées, les nouveaux projets, les projections… J’ai toujours plein d’idées en permanence. Elles ne vont pas toutes se concrétiser mais c’est un moteur pour avancer.

Ton rapport avec l’écosystème clermontois de l’innovation ?

Je suis passé par le crowdfunding avec Auvergne Nouveau Monde pour démarrer mon projet, lui donner de la visibilité et tester la réceptivité du marché, et ça a été concluant et encourageant. J’ai été incubé à SquareLab puis suis passé par le Bivouac ; j’ai été soutenu par le Réseau Entreprendre  C‘est hyper efficace pour se poser les bonnes questions, ne pas s’arrêter à ses certitudes, se remettre en question et progresser. J’ai aussi bénéficié de financements BPI. Bref, j’ai été un pur produit de l’écosystème mais ça ne m’empêche pas d’avoir un avis mitigé sur la « bulle » startup. Je trouve qu’il y a tout et surtout n’importe quoi !

J’ai été un pur produit de l’écosystème mais ça ne m’empêche pas d’avoir un avis mitigé sur la « bulle » startup.

J’ai assisté à une conférence d’un consultant en levée de fonds qui nous expliquait qu’il ne fallait pas ‘lever’ ce dont on avait besoin mais ce que nous étions capables de lever. C’est une logique qui n’existe pas ailleurs, dans l’univers des banques par exemple, et qui n’est pas très saine. Je n’incrimine pas les structures locales qui font un super boulot mais plutôt cette idée de la Start Up Nation dans laquelle on pousse tout le monde à créer une start up, à faire du chiffre, à lever des fonds, etc. Alors qu’on a pas testé son marché et prouvé que ça pouvait fonctionner.

Une anecdote avec un fournisseur pour finir ?

Oui, plein parce que la rencontre avec les producteurs est une des choses que j’aime le plus dans MonDriveLocal ; mais une en particulier, c’est Amaya d’HappyPlantes, qui fait des tisanes à Volvic, parce que c’est une longue histoire : je l’avais rencontrée pendant ma campagne Ulule, à un moment où ma collecte était dans un creux, pour lui demander des conseils puisqu’elle en avait faite une aussi, très réussie. Elle m’avait super bien accueilli et remotivé à ce moment là. Elle a suivi le projet, a été contributeur lors de la campagne, est devenue fournisseur, a été beta testeuse… Elle a créé des tisanes avec nos clients, on a fait ensemble une émission des Gourmands nés… bref, on ne s’est plus quitté depuis !


Pour en savoir plus :
le site de Mon Drive Local


Entretien réalisé par Véronique Jal. Propos synthétisés et réorganisés pour plus de lisibilité par Cindy Pappalardo-Roy, puis relus et corrigés par Jean-Sébastien.
Visuels fournis par Jean-Sébastien.

Résumé/sommaire de l’article (cliquez sur les #liens pour accéder aux sections)

  • #Fondateur – Jean-Sébastien Alègre est le fondateur de MonDriveLocal et Fruithy. Après ses années d’étudiant, il a voulu choisir ses produits et a fait le constat suivant : les produits lui convenait, le service beaucoup moins. Donc l’idée du Drive, au départ, c’était juste cela : l’idée de simplifier la vie de ceux qui voulaient acheter local sans faire le tour des producteurs. Aujourd’hui, MonDriveLocal est un site de commandes en ligne de produits locaux dont la gamme s’élargit progressivement  : tout ce qui peut être trouvé en Auvergne vient d’Auvergne, mais quand il ne trouve pas d’offres sur place, il élargit. Sa logique est de répondre aux attentes de nos clients pour qu’ils puissent faire un maximum de leurs courses en respectant au plus près ses valeurs. Autre évolution récente, le lancement de Fruithy : une offre de livraison en entreprise de fruits frais ; pour la gestion d’entreprise, c’est une activité plus régulière.
  • #Chiffres – MonDriveLocal, c’est de 60 à 80 clients par semaine, 2 500 comptes crées sur le site, 19 000 produits livrés (depuis le début), 1 500 produits référencés, 80 producteurs et 20 points de livraison.
  • #Rencontres – Jean-Sébastien a fait ses études en Auvergne et son stage de fin d’étude dans une boite de vingt personnes qui fabriquait des composants électriques ; boîte dans laquelle il est ensuite devenu chargé de marketing, chef de produit puis chef de marque. Quand l’entreprise a décidé de relocaliser ses appros, il a fallu repenser les composants et trouver les bons fournisseurs locaux pour maintenir les prix : c’était une première démarche de circuits courts dans l’industrie. Depuis, jean-Sébastien a rencontré beaucoup de personnes décisives pour l’entreprise dans des contextes non professionnels et de manière non réfléchie. Il dit : « C’est ce que j’aime, cette dimension humaine ». Il aime beaucoup les défis et l’idée de relever un nouveau challenge : « L’adrénaline de la mise en place, voir, tester, ajuster… Je n’aime pas la routine, j’ai besoin de nouveautés ».
  • #Projets – Quand Jean-Sébastien se projette dans dix ans, c’est avec plein de nouveaux projets et de nouvelles idées. Il pense rester entrepreneur, car c’est ce qu’il aime et là où il s’épanouit le plus : « Je bosse beaucoup mais il y a une vraie satisfaction de voir les résultats obtenus ».
  • #ÉcosystèmeClermontois – Jean-Sébastien Alègre est un « pur produit de l’écosystème » : crowdfunding avec Auvergne Nouveau Monde pour démarrer son projet, lui donner de la visibilité et tester la réceptivité du marché ; incubation à SquareLab ; accélération au Bivouac ; soutien par le Réseau Entreprendre…  Cependant, cela ne l’empêche pas d’avoir un avis mitigé sur la « bulle » startup. Il précise : « Je n’incrimine pas les structures locales qui font un super boulot mais plutôt cette idée de la Start Up Nation dans laquelle on pousse tout le monde à créer une start up, faire du chiffre, lever des fonds, etc ».