Entretien / Julie Dalla-Zanna, en mouvement

Entretien / Julie Dalla-Zanna, en mouvement

Par Damien Caillard
Avec Cindy Pappalardo-Roy

Vendredi et samedi prochains (les 11 et 12 octobre), rendez-vous place de Jaude pour découvrir les solutions de mobilité de demain sélectionnées par Auvermoov. Auvermoov ? C’est le concours de start-ups de la mobilité, initié par le SMTC depuis 4 ans et animé par Julie Dalla-Zanna. Au sein du Syndicat Mixte des Transports en Commun Clermontois, Julie porte et développe ce dispositif, unique en France, qui veut faire de la Métropole clermontoise une place forte de la mobilité innovante.


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Tu animes – et tu portes ! – Auvermoov depuis ses débuts. Peux-tu nous décrire ton rôle et la manière dont Auvermoov interagit avec le SMTC [Syndicat Mixte des Transports Clermontois] ?

Je suis cheffe de projet Auvermoov mais je gère une équipe transverse, non hiérarchique. Auvermoov est compliqué à mettre en place car on travaille en mode projet, avec des prestations en direct ; et, en général, les collectivités ne le font pas.

Auvermoov a émergé lors d’une réorganisation interne du SMTC en 2016. C’était la première fois qu’on travaillait en mode “projet” et avec une vraie dose d’innovation ! Le cabinet qui avait fait la réorganisation avait aussi mis en place Auvermoov [Towards à Paris].

Les  gens  [en  interne] sont assez tolérants et curieux. Certains s’investissent en participant au concours, en évaluant les startup et en venant aux évènements. 

Innovations des années 1930 ou des années 2010 … la mobilité, c’est sympa 🙂

Et Auvermoov, au fait, c’est quoi exactement?

C’est   un   concours   de   start-ups   sur   la   mobilité   innovante.  Il  permet  de  mener  des expérimentations sur le territoire de la métropole clermontoise. Il y a plusieurs phases : un appel  à  projets,  [suivi de]  votes  répartis  entre  50%  de  citoyens  et  50%  d’experts  (composé d’universitaires,  d’associations,  de  grandes  entreprises  et  d’élus). 

Le  point  d’orgue  est l’événement de présentation des candidats ; cette année, ce sera les 11 et 12 octobre place de Jaude  !  On peut  voter en  ligne  puis sur place le jour J. Et les lauréats sont annoncés le lendemain. Ils bénéficient de la possibilité de mener une expérimentation sur le réseau SMTC ou sur le territoire.

Quels en sont les objectifs?

Les objectifs étaient de bouleverser en interne la façon de travailler, c’est-à-dire [collaborer] davantage avec les acteurs locaux – collectivités, entreprises, autres partenaires, etc. – ainsi que  faire  de  l’entité  publique  quelque  chose  de  plus  “fun”,  avec  un  côté  événementiel notamment.

Depuis  Auvermoov,  quand  on  parle  d’un  projet,  on  met  plus  en  avant  les  agents, les collaborateurs opérationnels. C’est un vrai changement de paradigme ! À Auvermoov, on a une dimension humaine qu’on ne trouve pas ailleurs.

Les objectifs sont de collaborer davantage avec les acteurs locaux ainsi que  faire  de  l’entité  publique  quelque  chose  de  plus  “fun”.

L’équipe du SMTC mobilisée autour de Auvemoov (Julie en bas à droite). Chaque année, le concours booste le SMTC

Tu as l’air d’être très attachée au projet !

Oui : moi, je suis à 100% Auvermoov. Le projet, depuis quatre ans, me passionne. J’adore ce que je fais… Ça m’a appris des techniques de management différentes, transversales – pas facile car je n’étais pas manager à la base. Sur l’innovation, j’ai découvert de nouvelles façons de  faire, en allant à la rencontre des start-ups sur des salons. C’est important pour qu’ils voient  qui est  derrière  Auvermoov, qu’il y  a  une  équipe  à  taille  humaine. Les  gens sont contents d’avoir des interlocuteurs.

Ça m’a appris des techniques de management différentes ; sur l’innovation, j’ai découvert de nouvelles façons de  faire, en allant à la rencontre des start-ups sur des salons.

Et puis Auvermoov, c’est ma grande fierté professionnelle. Je le vis lors de l’événement, je vois que les élus et les citoyens sont contents, que les projets lauréats y voient une vraie valeur ajoutée. J’aime aussi suivre les projets en aval – je m’occupe directement de Benur (Handbike électrique pour personnes en fauteil roulant) et vOOg (panneau de direction orientable). Cela consiste à voir ce qu’on peut expérimenter concrètement en fonction du financement / où / quand / avec quels acteurs. On peut aussi les orienter vers des financements complémentaires, mais c’est à eux de se débrouiller [par la suite].

Avec l’équipe sur le stand place de Jaude, l’année dernière. C’est l’occasion d’associer grand public, mobilité et innovation.

Qu’en est-il du SMTC, dans tout cela?

Aujourd’hui, le SMTC a une vraie place dans l’écosystème grâce à Auvermoov. On ne ronronne pas… Par exemple, on s’est de plus en plus ouverts à des prestataires extérieurs, comme Le Connecteur  sur  les  contenus  vidéo, Julie Fabre et Julia Coudert pour le Community Management, l’agence Kube pour l’organisation d’événements… Demain, nous voulons avoir un impact plus fort, et donc de se grouper avec d’autres collectivités sur la Métropole.

Peux-tu nous parler d’une des start-ups “fortes” ayant participé à Auvermoov?

Covoit’ici, c’est un service de la start-up Ecov, basée à Lyon et lauréate 2016 d’Auvermoov. C’est une ligne de covoiturage dynamique, avec des stations matérialisées par une borne et des panneaux avec un afficheur. Cette start-up a bénéficié d’une aide financière de 30 000 € pour son expérimentation. Avec les élus et la direction, on a souhaité faire fonctionner la ligne test sur un axe départemental très passant, avec peu de transport en commun :  Clermont-Theix. Le PNR [Parc Naturel Régional] des Volcans d’Auvergne nous a contacté car ils avaient mené une étude sur la mobilité en zone montagne. Conclusion : la seule alternative possible à la voiture individuelle était le covoiturage ! On a fini par se grouper avec eux et étendre le trajet jusqu’à Rochefort-Montagne.

L’expérimentation s’est très bien passée, car on a associé les équipes techniques des communes, les élus et les agents du CD63 en amont. Au  final, Covoit’ici est un bon exemple  :  start-up  lauréate Auvermoov, expérimentation qui se passe bien avec un montage financier revu à la hausse (grâce à des aides FEDER et ADEME  notamment), durée de test allongée et mise en place de partenariats avec un travail collaboratif. Demain, on peut imaginer d’autres projets de ce type, mais nous sommes  limités  par  notre  financement  interne.  Il faudrait établir de vrais partenariats structurants, et j’aimerais bien nous rapprocher d’autres acteurs locaux.

Hormis Covoit’Ici, tu as d’autres exemples de startups lauréates qui se sont déployées sur le territoire?

Oui ! Il y a Handivalise – maintenant “Mon Copilote” -, option de transport à la demande pour les  personnes  handicapées. MyBus, pour la dématérialisation des tickets. Koboo, pour les vélos à la demande. Géovélo   pour les itinéraires vélo. Klaxit pour les itinéraires domicile-travail…

Quel est ton point de vue sur l’écosystème d’innovation local?

Travailler  en  mode  écosystème, c’est  important. De pouvoir [collaborer],  s’appuyer  sur d’autres acteurs, imaginer des choses nouvelles… L’innovation, c’est aussi des manières de travailler  différentes, et les  collectivités  n’en  ont  pas  toujours  l’habitude.  C’est parfois compliqué et je peux me retrouver en décalage avec des entreprises qui ont une approche commerciale. Mais cela peut aussi être intéressant : par exemple, le SMTC est membre du Club Open Innovation Auvergne, et je le représente avec Anne Pfaff-Raimbourg [directrice communication du SMTC]. C’est une façon de rencontrer des membres de l’écosystème, de les comprendre, de s’y  intéresser,  etc.  Et ça permet aussi d’approfondir  la  compréhension mutuelle, comme dans le dernier atelier qui a eu lieu au SMTC et qui a permis aux autres membres de [mieux nous connaître].

Travailler  en  mode  écosystème, c’est  important ; l’innovation, c’est aussi des manières de travailler  différentes, et les  collectivités n’en ont pas  toujours  l’habitude !

À propos d’engagement de proximité, tu es désormais … pompier !

En effet, je me suis engagée comme pompier volontaire à la Caserne de Cournon d’Auvergne car j’ai toujours voulu rendre service, porter secours, aider les gens. Je suis très dynamique, et j’avais un peu de temps à accorder à ça ; j’ai décidé de le mettre à profit. J’ai passé quatre semaines de formation, et j’ai pu commencer sur le terrain en incendie et en secours à personnes. C’est lié à un engagement humain et local de ma part : aider les concitoyens de ma commune. Ça résonne aussi avec mon travail au  SMTC, à  travers Auvermoov :  la dimension humaine, d’aider les start-ups à expérimenter et à grandir.

Quels sont les prochains objectifs pour Auvermoov?

Il faut persévérer, voir plus grand, avec plus de financements mais aussi en accompagnant les projets à s’installer ici. On commence à nous connaître au delà de Clermont. On est présents dans des Salons sur la mobilité pour du sourcing, notamment au salon Movin’On de Michelin.

Je peux aussi  ramener d’autres approches innovantes dans  des collectivités  tierces. Clermont est tout de même la seule collectivité  à avoir  mis en  place  un concours de startups avec un financement, direct, à la clé !


Pour en savoir plus : le site d’Auvermoov


Entretien réalisé par Damien Caillard le mardi 1er octobre 2019, à Épicentre Factory. Propos sélectionnés et réorganisés pour plus de clarté par Cindy Pappalardo-Roy, relus et corrigés par Julie.

Résumé/sommaire de l’article (cliquez sur les #liens pour accéder aux sections)

  • #Auvermoov : Auvermoov est un concours de start-ups sur la   mobilité innovante.  Il permet de mener des expérimentations sur le territoire de la métropole clermontoise. Le point d’orgue  est l’événement de présentation des candidats, cette année les 11 et 12 octobre place de Jaude. Les lauréats bénéficient de la possibilité de mener une expérimentation sur le réseau SMTC ou sur le territoire. Les objectifs sont de collaborer davantage avec les acteurs locaux et de faire de l’entité publique  quelque  chose  de  plus  “fun”,  avec  un  côté  événementiel notamment.
  • #ProjetEtExpérience : Julie est très attachée à ce projet, qui a quatre ans. Elle dit : « Je suis à 100% Auvermoov ! ». Cela lui a appris des techniques de management différentes, ce qui était difficile car elle n’était pas manager à la base. Sur l’innovation, elle a découvert de nouvelles façons de  faire, en allant à la rencontre des start-ups sur des salons. 
  • #StartupExemple : Covoit’ici a été lauréate 2016 d’Auvermoov. C’est une ligne de covoiturage dynamique, avec des stations matérialisées par une borne et des panneaux avec un afficheur. Cette start-up a bénéficié d’une aide financière de 30 000 € pour son expérimentation. Il y a aussi d’autres réussites : Mon Copilote (option de transport à la demande pour les personnes  handicapées), MyBus (dématérialisation des tickets), Koboo (vélos à la demande), Géovélo (itinéraires vélo) et Klaxit (itinéraires domicile-travail).
  • #ÉcosystèmeInnovationLocal : Pour Julie, travailler  en  mode  écosystème est  important : pouvoir collaborer, s’appuyer  sur d’autres acteurs, imaginer des choses nouvelles… Elle ajoute : « L’innovation, c’est aussi des manières de travailler différentes, et les  collectivités  n’en ont pas toujours l’habitude. C’est parfois compliqué et je peux me retrouver en décalage avec des entreprises qui ont une approche commerciale. Mais cela peut aussi être intéressant. » 
  • #Pompier : Julie s’est engagée comme pompier volontaire à la Caserne de Cournon d’Auvergne ; elle dit avoir toujours voulu rendre service, porter secours, aider les gens. Après quatre semaines de formation, elle a commencé sur le terrain en incendie et en secours à personnes. « C’est lié à un engagement humain et local de ma part : aider les concitoyens de ma commune. Ça résonne aussi avec mon travail au  SMTC, à  travers Auvermoov :  la dimension humaine, d’aider les start-ups à expérimenter et à grandir.« 
  • #ProchainsObjectifs : Dans un futur proche, Auvermoov souhaite persévérer et voir plus grand, avec plus de financements mais aussi en accompagnant les projets à s’installer ici. Clermont est aussi la seule collectivité à avoir mis en place un concours de startups avec un financement direct à la clé.