Entretien / Olivier Bianchi, faire de Clermont une métropole créative

Par Damien Caillard


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En trois mois, on a vu le projet de bâtiment Totem validé rue du Clos-Four, et le Bivouac déménager à l’hôtel de Région : petit à petit, le “Quartier Numérique” clermontois prend forme. Mais qui l’animera ? Quelles seront ses caractéristiques ? A qui sera-t-il dédié ? Olivier Bianchi, maire de Clermont-Ferrand et président de Clermont Auvergne Métropole, revient sur sa stratégie de développement économique par l’innovation.

Pour toi, le “Quartier Numérique”, ce n’est pas seulement le Bivouac.

Dans Quartier Numérique, il y a Quartier : l’idée n’est pas juste de mettre un bâtiment totem en se disant « c’est bon, j’ai un incubateur ». Nous avons besoin de lieux qui accompagnent les start-ups, qui leur offrent des prestations, des espaces, des moyens. Mais, par-delà ces lieux, il faut que se fabrique un écosystème.

Aujourd’hui, la stratégie est la suivante : le Bivouac, qui est un vrai lieu pour les start-ups, est déménagé dans un premier temps sur l’hôtel de Région (…) pour une période transitoire. Parallèlement, on [prévoit] un bâtiment totem avenue de la République (…) entre La Montagne et la résidence Nouveau Monde. Puis il y aura une troisième phase, vers Cataroux, les Pistes, où on pourrait imaginer, si tout cet écosystème prend, un troisième espace.

Quelle sera alors la dynamique du quartier République/Cataroux ?

[Il y aura] un travail d’urbanisme autour du centre métropolitain de République, qui a vocation à devenir le quartier créatif, dans lequel on retrouve tout l’écosystème favorable aux start-ups et à la création. C’est à dire des objets adaptés à leur accompagnement, à leur soutien (le Bivouac, le Totem … et sans doute des nouveaux outils à inventer), et des lieux qui [constitueront un] environnement favorable (…) où se croiseront des architectes, des économistes, des jeunes, des journalistes, des critiques d’art … des restaurants, des bars avec la réouverture de l’Atelier … Finalement, créer un lieu où, H24, on peut travailler, se croiser, interpénétrer les idées.

 » Le Quartier Numérique peut être à la fois intellectuel, culturel, créatif, convivial. »

Pour moi, (…) le Bivouac, c’est une pierre du Quartier Numérique. Le Quartier Numérique peut être à la fois intellectuel, culturel, créatif, convivial, dans lequel les start-ups sont un élément essentiel de la structuration économique. Et que le Quartier soit lui-même un laboratoire des innovations.

La stratégie de développement économique sera votée à l’automne, mais comment sera-t-elle au service de cette ambition ?

Nous avons deux enjeux majeurs : être un facilitateur, d’abord. Trop d’initiatives échouent par manque de capacité à régler les problèmes, à être écrasé par le poids de l’administration, par des démarches, des dossiers … il faut aujourd’hui aplanir les difficultés. Il faut [permettre à] ceux qui vont mettre leur énergie dans l’entrepreneuriat  dans l’innovation, dans la start-up, de se concentrer,(…) et les dégager de tout l’à-côté.

Le Bivouac a déménagé fin août à l’hôtel de Région, de manière temporaire

La deuxième chose est d’être celui qui rend possible les rencontres, un point nodal de cet écosystème. Aujourd’hui, mon rôle c’est pas d’aider au projet ni au financement, c’est d’être en capacité de faire bénéficier [aux porteurs de projets] de ce réseau. C’est rendre possible les choses, fédérer les énergies, faire tourner les acteurs autour de l’innovation.

Cette approche écosystémique est-elle réaliste de la part d’une collectivité de la taille de la Métropole ?

Aujourd’hui, les pouvoirs publics doivent être en capacité de comprendre que cette nouvelle façon de penser l’économie et le développement ne peut pas être accompagnée avec des systèmes anciens. Il n’y a pas d’innovation d’organisation et de pensée s’il n’y a pas une innovation d’accompagnement et de portage public. Et la question n’est pas forcément celle [du soutien] financier, de création de lieu … mais au contraire, de création de réseau, de rendre possible des rencontres, des échanges, de poser la problématique des conditions positives d’une mise en place d’un écosystème d’innovation.

« Il n’y a pas d’innovation d’organisation et de pensée s’il n’y a pas une innovation d’accompagnement et de portage public. »

[Pour ce faire, il faut] sortir la collectivité de son entre-soi. Les partenariats publics-privés, les rencontres plus fortes entre acteurs et méthode du privé et du public, nous mettent plus en capacité de comprendre les enjeux de ces mondes-là. Ensuite, il faut inventer des nouveaux modes d’accompagnement. [Par exemple, avec] les politiques que nous menons sur l’ESS, (…) sur l’accompagnement et le portage de tiers-lieux …

Par ailleurs, il y a les recrutements, de fonctionnaires ou de personnes qui vont être dans l’institution, mais qui auront eu des parcours professionnels, privés, qui ont été eux-mêmes des start-uppeurs ou des entrepreneurs. La nouvelle direction économique de la Métropole a été constituée de gens qui ont eu à la fois des parcours publics et des parcours privés. Ça change, et c’est une question de culture.

Quel est pour toi le point de vigilance majeur concernant le futur Quartier Numérique ?

Comment [rend-on] possible les rencontres ? C’est la question de l’animation, des moyens humains. Ce dont ont besoin les start-ups, ce n’est pas tant de la salle de conférences ou du bureau, mais de quelqu’un qui vient les aider à gérer la démarche pour aller voir un financeur, pour les aider à définir leur projet, pour les accompagner dans leur rapport à la communication … ce sont des dizaines de compétences et de métiers.

Entre République et Cataroux, l’axe central du futur Quartier Numérique

L’intérêt du partenariat Public-Privé qu’on a monté autour du Bivouac, c’est qu’aujourd’hui, cette animation et cette compétence sont mobilisées pas simplement par la collectivité locale, mais aussi par les grands groupes et autres entreprises qui sont partenaires avec nous (…) J’ai envie de dire, plus on sera partenarial, plus on réglera les champs de compétences nécessaires, et plus on trouvera des ressources d’animation.

Il y a les pouvoirs publics et les grands comptes, mais quelle place pour les initiatives du terrain, comme celles des associations ?

Il faut bien comprendre que c’est l’écosystème qui est important. On n’est plus dans la verticalité des donneurs d’ordre. On est dans quelque chose qui est une forme d’organisme vivant, qui est sans arrêt en mutation : des cellules qui naissent, qui meurent, qui changent … Rendre possible les choses, c’est faire rencontrer tous ces gens. Pour qu’il n’y ait pas d’un côté les « start-ups publiques » accompagnées lourdement, et autour le lumpen-prolétariat associatif, qui se débattrait … parce que ça créerait encore une fois des inégalités de moyens. Au contraire, il faut une irrigation des uns et des autres.

« On est dans quelque chose qui est une forme d’organisme vivant, qui est sans arrêt en mutation »

Il y a des structures associatives, des entreprises sociales et solidaires, des coopératives, des tiers-lieux … il faut que tout cela se mette en réseau et soit accompagné. Et, peut-être, ces structures peuvent être des centres de ressources, y compris pour les start-ups. Ce qui serait un échec, ce serait que le Bivouac, ou d’autres structures institutionnalisées, avec les moyens des grands groupes, viennent stériliser tout le territoire.

Comment ce grand écosystème d’innovation s’inscrit-il dans le Clermont de demain ?

Nous sommes une grande ville industrielle, passée des cols bleus aux cols blancs. Cette révolution s’est faite à la fois par des décisions privées et publiques, et sa transformation, c’est aujourd’hui le centre Recherche Monde de Michelin, et la fin quasiment de la production industrielle sur site. La prochaine étape, c’est d’aller vers une ville créative. Et une ville créative, pour moi, va plus loin : elle peut inventer des modes de vie en commun.

Si on prouve qu’on peut faire un développement métropolitain harmonieux, c’est un modèle qui pourrait être repris en Europe, dans le monde … qu’on puisse montrer que par delà les mégapoles, il y a les métropoles qui peuvent avoir tous les atouts dynamiques et innovants des [très grandes villes] tout en ayant une qualité de vie, et le respect de son environnement

Entretien du 25 juillet 2017, condensé et réorganisé pour des raisons de lisibilité.

Résumé/sommaire de l’article (cliquez sur les #liens pour accéder aux sections)

  • #QuartierNumérique / le Quartier Numérique est le projet urbanistique structurant du « coeur de Métropole » 1er mai/République/Cataroux. Il inclut le Bivouac mais pas uniquement : il commencera par un bâtiment « Totem » rue du Clos-Four puis pourra s’étendre vers Cataroux ;
  • #VilleCréative / l’objectif est de créer les conditions de développement d’un vrai écosystème d’innovation, en facilitant les rencontres et les croisements de professions, d’expériences et de compétences différentes. C’est un élément capital de la « Ville créative » voulue à terme par Olivier Bianchi ;
  • #stratégie / la stratégie de Développement Economique de la Métropole consistera à être d’une part facilitateur, en permettant aux porteurs de projets innovants de se concentrer sur leur start-up; d’autre part à rendre possible les rencontres et en orientant les acteurs institutionnels autour de l’innovation ;
  • #culture/ cette nouvelle approche implique une « révolution culturelle » de la part des acteurs publics, dans une logique de réseau et de mise en place de conditions positives pour l’émergence de l’écosystème. Les partenariats public-privé et le recrutement de fonctionnaires avec une vraie expérience de l’entreprise, voire de l’entrepreneuriat, en sont les moyens ;
  • #animation/ le point de vigilance pour la réussite du futur Quartier Numérique n’est pas les locaux mais l’animation et l’accompagnement. Ce sont des moyens humains. Mais l’expérience public-privé du Bivouac a montré que de tels partenariats peuvent amener les compétences nécessaires ;
  • #initiatives/ cette approche écosystémique inclut les initiatives de « petits » acteurs, comme les associations. Olivier Bianchi tient à ce que les acteurs institutionnels et les grands comptes ne « stérilisent » pas le territoire, et qu’au contraire une fertilisation croisée puisse avoir lieu ;
  • #vision/ enfin, ce développement ouvert, diversifié et ambitieux peut être un modèle pour les métropoles d’une taille similaire à celle de Clermont, et serait alors adaptable à d’autres villes en Europe ou dans le monde.

1 commentaire sur « Entretien / Olivier Bianchi, faire de Clermont une métropole créative »

  • Pourquoi ne pas inclure les Universités et les écoles dans ce discours ?

    Comment désengorger le tram’ sur ce tronçon ?

    Que propose le SMTC pour que la métropole dispose de transport un peu plus tardif (21h c’est tôt pour les Startup) pour aller se coucher ?

    Quid des autres quartiers qui sont encore une fois totalement délaissés?

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