Entretien / Samuel Chardon disrupte le marketing territorial

Par Damien Caillard
et Cindy Pappalardo-Roy


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« Silicon Velay » … il fallait le faire, et Samuel Chardon l’a fait ! Entrepreneur du numérique et de la communication, à la tête de sa société En Company, il fédère à travers l’association SiliconVelay plusieurs acteurs du territoire de la Haute-Loire, propose de la valorisation digitale, organise des rendez-vous de sensibilisation et de networking. Le tout dans une ambiance conviviale, ouverte, curieuse, mais résolument dédiée à la mise en avant du territoire centré sur le Puy et de son dynamisme économique.

Tu as pris fait et cause pour le territoire du Velay… mais tu n’est pas né ici. Comment es-tu arrivé au Puy?

Avant le Puy, je travaillais pour le groupe de télémarketing Téléperformance – un des premiers outsourceurs mondiaux. Je l’avais fait à Paris et à Orléans. Quand j’ai quitté le groupe, je me demandais comment appréhender la suite. J’avais un ami qui s’était installé au Puy en 2004. Je suis venu passer quelques jours ici, et j’ai trouvé l’environnement naturel superbe, la ville incroyable. J’ai choisi de [m’y installer] à 34 ans.

Le Velay, ce n’est pas l’Auvergne : c’est ce que j’ai entendu très rapidement en arrivant au Puy : « Ici, c’est l’Auvergne, mais c’est le Velay avant tout !« . Ça permet d’intégrer une spécificité de territoire. C’était en septembre 2005, pour un brevet d’Etat d’éducateur sportif, option football.

Tu t’es donc intégré sur le territoire via le sport ?

Oui, je me suis vite inséré dans le milieu sportif et éducatif, jusqu’au coaching d’une équipe de 18 ans au Club du Puy. Puis, je deviens au sein du Club le coordonnateur de l’école de foot (les enfants de 6 à 12 ans), et c’est avec le concours d’une équipe d’éducateurs et de dirigeants bénévoles que nous construisons un projet éducatif et sportif. Nous essayons de le structurer au mieux dans le but de faire progresser des enfants de tous horizons pour les amener à devenir de futurs citoyens et de (très) bons footballeurs, le tout dans une approche très « quali ».

Comment la notion de “marque territoriale” t’est-elle apparue ?

En parallèle, en 2008, j’ai appliqué en tant que consultant des méthodes de management issues de Téléperformance, par la mise en place des indicateurs de suivi et de performance. Je découvrais ainsi le monde des entreprises locales, et de très belles boîtes mais qui n’étaient pas tant mises en avant [que cela]. J’ai commencé à imaginer un projet de marque territoriale.

« Tu es attaché à un pays, c’est dans ton ADN, et c’est constitutif d’une identité. »

C’est probablement lié à mes origines : je viens de la région Centre (…) plus particulièrement du Berry : un territoire, un « pays ». Tu es attaché à un pays, c’est dans ton ADN, et c’est (…) constitutif d’une identité.

Quel est ton constat sur le territoire du Velay?

En arrivant au Puy, c’était contrasté : les gens sont fiers d’être du Velay, mais parfois avec une pointe de “on est un peu loin de tout”. En tous cas, [ils] sont attachés au territoire. Comment peut-on rebondir sur cette notion, et l’utiliser pour valoriser ce qui est autour de nous ? Quand tu arrives sur un territoire et que tu le découvres sur quelques années – quand tu viens de l’extérieur -, tu as l’avantage de porter un regard frais sur les choses. J’ai commencé à regarder ce qu’il y avait comme marques territoriales sur Clermont et sur Lyon. Ici, les gens se revendiquent du Velay, mais il n’y avait pas de « marque » au sens marketing.

C’est tout le principe de SiliconVelay

SiliconVelay est une marque déposée à l’INPI et portée par une entreprise, En Company, basée au 4 puissance 3*, et dont je suis associé avec un publicitaire – Jean-Michel Brunet.

Samuel Chardon, intervenant SiliconVelay lors d’une conférence à l’IUT.

On est dans une démarche vraiment disruptive : ce marketing territorial ne descend pas d’une institution, il part du terrain. En l’occurrence, celui des entreprises. C’est une forme d’empowerment : qui mieux que les chefs d’entreprise peuvent incarner l’esprit d’entreprise? Notre baseline est d’ailleurs : « L’esprit d’une entreprise, l’âme d’une région« . On est multisectoriel, et on affirme que le Velay est une région en tant que tel ! Je n’ai jamais eu besoin de faire une enquête sur cette notion d’appartenance au territoire pour la valider.

Comment a évolué ce réseau?

En 2012, on a lancé une plateforme web (www.siliconvelay.com) pour valoriser les adhérents, mais ça n’a pas vraiment décollé… En 2014, on a ajusté les tarifs pour les rendre accessibles à n’importe quelle entreprise – 120 € par an. Le prérequis pour adhérer est d’avoir son siège social ou un établissement en Haute-Loire, et de participer à la dynamique économique locale. Les adhérents bénéficient d’un mini-site dédié sur la plateforme, que l’on réalise, d’un suivi sur les réseaux sociaux, et le parrainage d’une association par l’adhérent.

« On est dans une démarche vraiment disruptive : ce marketing territorial ne descend pas d’une institution, il part du terrain. »

Ce qui m’intéresse par ce dernier mécanisme, ce n’est pas de faire de l’ingérence dans la politique des entreprises, mais de marquer [leur] attachement au monde associatif. C’est l’entreprise qui décide, ça ne lui coûte rien. L’association parrainée, [qu’elle choisit] librement (…) dans les domaines sportif, culturel ou social, bénéficie de la même couverture web sur la plateforme de SiliconVelay.

Quels sont les objectifs de SiliconVelay aujourd’hui?

Le portage de la marque par mon entreprise permet une certaine agilité. S’il faut prendre une décision, on peut le faire rapidement. C’est important, d’autant plus qu’on anime une communauté. On a aussi des partenariats médias notamment avec RCF Haute-Loire, des tiers-lieux dont Impulse et le 4 Puissance 3. Nous avons aujourd’hui 60 entreprises adhérentes, 40 associations parrainées et 8 partenaires territoriaux.

Une « Silicon Session » avec les membres de l’association SiliconVelay, présentée par Samuel. Régulièrement, l’esprit d’entreprise et de territoire sont animés de cette façon.

Depuis le début de l’année 2019 et en collaboration avec des expertises externes, nous travaillons à la consolidation de SiliconVelay avec cette idée de continuer à proposer des services additionnels aux adhérents et de répondre à leur besoins d’accompagnement, notamment dans le domaine de la communication digitale.

« Une marque territoriale comme SiliconVelay, ça séduit. Le nom génère du positif, surtout dans le digital »

2018 a marqué un tournant sur la présence digitale de SiliconVelay avec, pour ne citer qu’un chiffre, plus de 80 000 vues de vidéos via SiliconVelay TV. SiliconVelay doit bien s’occuper de sa communauté, croire dans les outils qu’on essaye de développer. Ce qui compte, c’est d’avoir de l’audience digitale et conserver un lien humain indispensable.

Depuis que tu t’es installé en Auvergne, as-tu eu l’occasion de travailler ailleurs ?

Aujourd’hui, ma vie professionnelle est essentiellement sur Paris, dans la direction de projets liés à la fracture numérique.

Comment interagis-tu avec les acteurs locaux ou régionaux?

On a des écosystèmes d’innovation qui existent autour de nous. Une marque territoriale comme SiliconVelay, ça séduit. Le nom génère du positif, surtout dans le digital – même si on a fait le choix d’ouvrir à tous les secteurs. On a des artisans, des organismes d’enseignement, des acteurs de service…

« Nous travaillons à la consolidation de SiliconVelay avec cette idée de continuer à proposer des services additionnels aux adhérents et de répondre à leur besoins d’accompagnement. »

On sent bien que le digital est là, qu’il y a une transition à opérer. Dans le cadre de SiliconVelay, les acteurs du numérique sont les bienvenus, notamment pour accompagner les entreprises qui en ont besoin. Sur le territoire, il y a plusieurs start-ups : Mybus, Open Studio, etc., ainsi qu’un projet de pôle numérique, en face du FabLab du Pensio, un tiers-lieu partenaire de SiliconVelay.

Au Fablab du Pensio, un tiers-lieu particulièrement dynamique du Puy, partenaire de SiliconVelay.

Ce n’est pas lié à SiliconVelay, mais ça peut être un objectif de se rencontrer pour voir ce qu’on peut faire ensemble. En décembre 2017, on a d’ailleurs présenté au FabLab un nouveau site en lien avec la solution TagEmploi, qui permet d’agréger toutes les offres d’emploi sur la Haute-Loire ; c’est un service au public, qui va au-delà de SiliconVelay.

Ce projet, je le vois nécessairement avec celles et ceux qui apporteront leur caution à la marque : nos adhérents et nos partenaires. L’avenir se construira comme ça.

*espace de coworking situé à Monistrol-sur-Loire


Pour en savoir plus :
le site officiel de SiliconVelay


Entretien réalisé le 6 février au Puy par Damien Caillard. Propos synthétisés et réorganisés pour plus de lisibilité par Cindy Pappalardo-Roy, puis relus et corrigés par Samuel.
Visuels fournis par Damien Caillard et Samuel (Crédits photos : Clin d’Oeil Ponot).

Résumé/sommaire de l’article (cliquez sur les #liens pour accéder aux sections)

  • #Territoire – À 34 ans, Samuel Chardon quitte Paris et Orléans pour venir s’installer au Puy, où l’une des premières choses qu’il entend est : « Ici, c’est l’Auvergne, mais c’est le Velay avant tout ! ». Il s’est intégré au territoire via le milieu sportif et éducatif, en devenant le coordonnateur de l’école de foot du Puy.
  • #MarqueTerritorialeEn 2008, Samuel Chardon – alors consultant – profite de son expérience acquise à Téléperformance pour mettre en place des indicateurs de suivi et de performance. C’est comme cela qu’il découvre le monde des entreprises locales. Deux ans plus tard, il fait le constat suivant : il y a et de très belles boîtes mais elles ne sont pas mises en avant. Il a alors imaginé un projet de marque territoriale.
  • #Constat – D’un côté, les gens étaient fiers d’être du Velay, mais de l’autre, avec un sentiment de “on est un peu loin de tout”. Cela amène le questionnement suivant : comment peut-on rebondir sur cette notion et l’utiliser pour valoriser ce qui est autour de nous?
  • #SiliconVelay – Samuel Chardon a donc co-fondé SiliconVelay, qui est une marque portée par son entreprise En Company, basée au 4 puissance 3 (espace de coworking, ndlr). SiliconVelay se veut dans une démarche disruptive : ce marketing territorial ne descend pas d’une institution mais part du terroir terrain. Samuel y voit une forme d’empowerment : qui mieux que les chefs d’entreprise peuvent incarner l’esprit d’entreprise?
  • #Évolution – En 2012, SiliconVelay a lancé une plateforme web (siliconvelay.com) pour valoriser les adhérents, mais avec des résultats décevants. « Pivot » deux ans plus tard : en 2014, les tarifs sont modifiés afin de les rendre accessibles à n’importe quelle entreprise, c’est-dire 120 € par an. Les « conditions » pour adhérer sont d’avoir un siège social ou un établissement dans la Haute-Loire, et de participer à la dynamique économique locale. Samuel est particulièrement intéressé dans l’action de marquer l’attachement des entreprises au monde associatif.
  • #Objectifs – SiliconVelay développe les partenariats médias avec RCF Haute-Loire, des tiers-lieux dont Impulse, 4 Puissance 3 ou le Fablab du Pensio. Aujourd’hui, SiliconVelay c’est 60 entreprises adhérentes, 40 associations parrainées et 8 partenaires territoriaux. 2018 a marqué un tournant sur la présence digitale de SiliconVelay avec plus de 80 000 vues de vidéos via SiliconVelay TV.
  • #ActeursLocaux – Des écosystèmes d’innovation existent en Haute-Loire et une marque territoriale comme SiliconVelay séduit : le nom génère du positif, surtout dans le digital. Sur le territoire, il y a plusieurs start-ups : Mybus, Open Studio … ainsi qu’un projet de pôle numérique. Samuel espère apporter, à travers SiliconVelay, de la résonance à l’ensemble de ces projets, au bénéfice du territoire auquel il est attaché.