Focus / Le Startup Weekend, booster d’entrepreneuriat

Par Damien Caillard


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C’est LE challenge entrepreneurial et créatif de l’année à Clermont : le Startup Weekend, qui a eu lieu du 17 au 19 novembre à l’IAE, a regroupé 30 participants et 17 partenaires. Leur mission : imaginer, le temps d’un week-end intense et convivial, des projets de start-ups, les expérimenter, et les présenter devant un jury. Par sa densité, son caractère compétitif, et l’indispensable travail en équipe, le Startup Weekend est un véritable révélateur de l’envie d’entreprendre et d’innover.

Des liens uniques pour les participants

Première force : la variété des équipes. Le but du jeu est de constituer, dès le vendredi soir, des équipes de personnes qui ne se connaissent pas forcément – mélangeant profils développeurs, design et « business » – mais qui vont travailler ensemble sur un projet de start-up « fictive », jusqu’au dimanche. L’avantage immédiat est de découvrir d’autres façons de travailler, et d’évoluer dans sa manière de monter un projet. Noël Martignoni, co-fondateur de Easymov Robotics et de profil technique, est ainsi un habitué des Startup Weekends clermontois : « Au début, on était très concentré sur le développement techno, on essayait de trouver la solution matérielle. » se souvient-il. « Alors que, pour lancer une boîte, il faut très vite valider le business model, et après travailler la technique. » Justine Lhoste, co-organisatrice de l’événement, l’analyse ainsi : « on apprend surtout en faisant, c’est le principe du ‘no talk, all action‘. Je me souviens en 2015 d’un participant avec un profil business qui n’avait jamais travaillé avec des développeurs. Ici, il a découvert comment ils réfléchissent, comment ils s’organisent … »

« No Talk, All Action » : en 54 heures, pas le temps de tergiverser, il faut aller droit au but et passer directement à l’expérimentation

Cette immersion dans d’autres modes de travail, autour des projets de start-ups, permet évidemment de tisser des liens forts. Pour Oriane Dambrune, lauréate 2016 avec Mowdoo (projet qu’elle a quitté depuis), « mon profil de designeuse était plutôt utile. J’ai rencontré beaucoup de gens [au Startup Weekend], avec des compétences très variées comme Samy Lange qui créée des visionneuses web 3D [avec Arkima]. Au final, ça m’a apporté une bonne visibilité, et j’ai maintenant un réseau dans lequel je peux piocher si j’ai besoin. » Mais, au-delà des compétences, les façons de travailler et de vivre l’aventure entrepreneuriale sont un ciment commun. D’après Noël, « Ce sont des gens qui ‘ont envie’, qui se réservent un week-end entier sur ce sujet, donc c’est positif dès le début. ». « Ces personnes sont cool et dynamiques, parce qu’on a participé au Startup Weekend ensemble ! » confirme Oriane, enthousiaste.

Beaucoup s’orientent vers l’entrepreneuriat innovant

La dynamique est en effet un point commun à tous les participants. C’est le seul moyen d’arriver jusqu’au bout du challenge et de présenter son projet devant le jury. Ce que confirme Justine : « La condensation du week-end porte vers l’action : on n’a pas le temps de tergiverser ! On se rend vite compte que, même avec peu de temps, on peut progresser. » Cet environnement à la fois professionnellement intense et humainement festif « est une façon de repérer des personnes à l’aise dans ces conditions de travail« , ajoute-t-elle. « Des gens qui avancent vite, par itération, qui sont autonomes et réactives pour aller chercher des infos par elles-mêmes.« 

« Le Startup Weekend permet de repérer des personnes à l’aise dans un environnement intense et créatif » – Justine Lhoste, co-organisatrice

Au final, le virus entrepreneurial touche beaucoup de participants. Même si les projets qui ont émergé n’ont pas tous vocation à être poursuivis. Bernabé Chumpitazi était l’animateur du Startup Weekend 2017, représentant du réseau Techstars qui coordonne ces événements au niveau mondial. Pour lui, les statistiques brutes ont l’air peu convaincantes : 12% des projets qui continuent au-delà des Startup Weekends, et 25% des participants qui crééent une entreprise dans l’année qui suit (données moyennes mondiales, pertinentes en France). Cependant, « on observe que beaucoup de participants rejoignent d’une manière ou d’une autre l’écosystème entrepreneurial local. » insiste-t-il. « Ils peuvent devenir salariés d’une start-up, travailler dans un incubateur, un accélérateur, ou dans le monde de l’innovation en général. Et ceux qui retournent dans l’univers salarié essayent de s’orienter plus en lien avec l’intrapreneuriat ou l’innovation interne. » Les liens établis avec les participants ou les partenaires facilitent évidemment cette transition. Ainsi, Jonathan Mazuel n’avait pas poursuivi le projet qu’il portait lors du Startup Weekend 2016, mais a pu rentrer depuis au SquareLab de l’ESC Clermont pour y lancer une start-up sur l’architecture. « L’événement m’a permis de rencontrer Fabrice Cailloux et Manon Capitant [du SquareLab], c’est ainsi que je suis rentré à l’ESC Clermont. » résume-t-il.

Pour les partenaires, une dynamisation de l’écosystème

Le Startup Weekend ne serait rien sans les sponsors locaux qui le soutiennent. Cette année, ils sont 17 à avoir répondu à l’appel, d’entreprises comme Accenture, Michelin, le Crédit Agricole ou plusieurs start-ups (comme Families), jusqu’à des acteurs institutionnels (BUSI, PEEA Pépite, ARDTA), universitaires (l’IAE qui accueillait l’événement) ou associatifs. Bref, tout un aéropage d’acteurs représentatifs de l’écosystème local, pour lesquels le Startup Weekend est un rendez-vous incontournable de l’année entrepreneuriale sur Clermont. « Notre partenariat se fait dans le cadre de l’implication dans l’écosystème, au même titre que le Bivouac. » confirme Anh-Thu Lasserre, qui représentait Michelin au jury final. Même point de vue pour François Guesdon, du Crédit Agricole Centre-France : « Tout ce qui peut être source d’innovation ou d’entrepreneuriat sur le territoire nous intéresse » résume-t-il. « Il faut tout faire pour dynamiser cet écosystème, et faire que les personnes qui y participent trouvent ici ce qu’il faut pour s’y développer, sans avoir à s’exiler sur Lyon ou Paris. »

Lors des séances de travail, mentors et partenaires passent régulièrement pour challenger la réflexion des équipes

Pour ces acteurs du secteur privé comme du public ou du monde associatif, le Startup Weekend est d’abord un moyen de repérer des talents. C’est un des objectifs principaux d’Anh-Thu Lasserre lors du jury final. Pour elle, « les profils se révèlent souvent dans les pitches. On y trouve des personnes qui savent parler et qui savent faire. » Pour elle, le point clé réside dans la capacité à faire un bon storytelling en 3 minutes, la durée des pitches de cette année. « Je porte une attention particulière à la capacité narrative« , confirme-t-elle. « ça fait partie des soft skills que l’on recherche. » Le mélange de compétences techniques et narratives est donc un point fort du Startup Weekend.

L’art d’évaluer les équipes

Mais les talents se révèlent aussi en équipe. Pour Henri Talamy, de l’ARDTA, la valeur du travail en groupe et de la confrontation de visions différentes est le facteur décisif, sur lequel il s’attarde pendant le jury mais aussi en suivant les équipes le reste du temps. Il résume sa méthode ainsi : « Je regarde la cohérence du groupe, qui se voit au pitch mais aussi dans leur manière de travailler. Comment ils envisagent la bascule entre l’idée et le projet, comment ils vont chercher de nouvelles pistes de réflexion …« 

« Je regarde la cohérence du groupe, qui se voit au pitch mais aussi dans leur manière de travailler. » – Henri Talamy, ARDTA

Pendant les phases de réflexion commune, on a pu le voir déambuler dans les couloirs de l’IAE, s’approcher d’une équipe projet et s’intéresser à leurs échanges. « C’est surtout de l’observation, mais je peux parfois donner un avis, faire une remarque. » résume-t-il. « Par exemple, ‘avez-vous creusé cette piste ?’, ‘Pensez-vous que ces chiffres soient réalistes ?’ ou même ‘Ne vous êtes-vous pas trompés de sujet ?’ Le but est ici de susciter une réponse rapide et de voir comment ils la formulent. » Enfin, au moment du pitch, il est important de faire parler tout le monde dans l’équipe, même si en général une personne prend le lead : c’est l’objectif d’Henri qui oriente ses questions de la sorte. « Comme j’ai eu la chance de voir les équipes pendant le week-end, je sais quels membres répondront à quelles questions« .

L’heure fatidique du pitch : devant le jury et le public, les participants ont 3 minutes pour présenter leur projet, puis répondre aux questions.

Enfin, le Startup Weekend est aussi un bon endroit pour sensibiliser ses propres équipes. Ayant animé de nombreux autres Startup Weekend en France, Bernabé se souvient de quelques cas de grands groupes comme Orange à Grenoble, pourvoyeur de participants dans une optique de « fertilisation ». Ce que confirme Anh-Thu Lasserre pour Michelin : « en général, je demande à ce que des membres du Service du Personnel participent à la démo finale. » (à noter que l’approche de Michelin est la même vis-à-vis de nombreux autres événements de type hackathon ou challenge créatif). De même, Betty Teixeira, qui anime le Pôle Pépite Etudiant clermontois, encourage les étudiants à participer au Startup Weekend : « nous avons une mission de sensibilisation à l’entrepreneuriat, et ça peut être un très bon moyen de trouver d’autres porteurs de projet pour travailler avec soi. » confirme-t-elle. La notion de fertilisation est largement partagée par les partenaires, comme le résume François Guesdon du Crédit Agricole Centre-France par cette belle citation d’Antoine de la Garanderie : « Le mot ‘intelligence’ devrait toujours s’écrire au pluriel, comme le terme ‘semailles' ».

***

« Nous ne sommes pas une start-up factory !« . Bernabé insiste sur ce point en conclusion : l’objectif du Startup Weekend, à Clermont comme ailleurs, est d’abord de proposer une expérience pratique, fun et révélatrice sur l’entrepreneuriat. « Les gens viennent se tester, et repartent avec une forme de réponse : stop ou encore » résume-t-il. Sans être une école ou un centre de formation, le Startup Weekend combine immersion, expérience, mélange de compétences et compétition pour faire progresser chacun de ses participants. « C’est notre mission : on se teste avec une approche très pratique » confirme Bernabé. « Finalement, c’est compliqué de savoir ce qu’est vraiment une start-up quand tu es étudiant, salarié ou chômeur. Le Startup Weekend permet cela, sur un week-end. Le but est simplement que les voient si cela est fait pour eux.« 


Pour en savoir plus:
la page du Startup Weekend Clermont 2017
le site de Techstars


Crédits photo : Anthony Graignic, Damien Caillard (le Connecteur) pour le pitch

Résumé/sommaire de l’article (cliquez sur les #liens pour accéder aux sections)

  • #Réseau / la force du Startup Weekend réside dans la variété des profils des participants, qui se mettent spontanément en équipe pour relever le challenge. De par cette diversité et le côté à la fois intense et convivial de l’événement, de nombreux liens peuvent se créer entre les personnes. Cela permet de se constituer un réseau de gens avec en point commun la participation un événement dynamique. ;
  • #Dynamique / ce rythme spécifique, allié à la nécessite de faire avancer un projet imaginé le vendredi soir par l’expérimentation et, souvent, le pivot, apporte beaucoup. Au-delà des compétences et de la gestion d’équipe, c’est la dynamique entrepreneuriale de chacun qui en bénéficie. Le Startup Weekend est ainsi l’endroit pour voir qui est à l’aise dans ce type de pression. Au final, de nombreux participants s’orientent vers le monde de l’innovation entrepreneuriale, que ce soit en créant une start-up ou autrement ;
  • #Ecosystème / les partenaires locaux (grands, petits, privés, publics) voient dans le Startup Weekend une opportunité unique d’apporter du dynamisme à l’écosystème de proximité. Ils apprécient le brassage des profils, ce qui leur permet notamment de repérer des talents. La qualité narrative, évaluée notamment au pitch, est très recherchée ;
  • #EvaluationEquipes/ l’autre grille d’évaluation s’applique aux équipes et à la manière dont leur cohérence se met en place. Certains membres du jury assistent à des réunions de travail, bien avant le pitch final, et n’hésitent pas à poser quelques questions « qui fâchent » pour vérifier la réaction des participants. Enfin, le Startup Weekend est aussi un moyen de sensibiliser les équipes internes des grands comptes, car c’est le seul moyen facile, rapide et efficace de s’immerger dans l’esprit start-up sans engagement au-delà.

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