Stéphane Calipel, l’art de jongler avec les sujets

Stéphane Calipel, l’art de jongler avec les sujets

S’il était un animal il serait sûrement une pieuvre. Un cerveau bien fait et des tentacules qui lui permettent d’être un véritable touche à tout. Passionné par son métier d’enseignant, il oeuvre pour une approche pratique des connaissances théoriques. Stéphane Calipel nous livre ici sa vison de l’université du XXIème siècle.

En pianotant ton nom sur le web on trouve une multitudes d’informations. Nuées Ardentes, cap20-25, Electric Palace, chercheur, professeur, Coopérative de mai. Il fait quoi dans la vie Stéphane Calipel ?

Je suis vice-président de l’Université Clermont Auvergne délégué à la communication, enseignant à l’Ecole d’Economie et chercheur au CERDI. Dans ce cadre, il m’arrive de faire des missions en Afrique ou je construis des modèles permettant d’anticiper les impacts de certaines décisions économiques (augmentation de la TVA, baisse des droits de douane…).

Comme tout le monde, j’ai aussi des passions, des marottes. Je suis Président de la Coopérative de mai, je suis aussi impliqué dans le laboratoire démocratique de Clermont, le Lab’Dem. 

Cette envie de toucher à tout a-t-elle toujours été là ?

Depuis tout petit j’ai toujours été attiré par le spectacle. Dans les années 80, J’ai eu la chance de faire partie d’un groupe de musiciens professionnels tout en étant amateur. 

A un certain moment, juste avant ma thèse la question d’en faire mon
métier s’est posée. J’avais toujours fait ça « sur le côté », peut-être par prudence. Au final la vie a choisi pour moi et j’ai fait un doctorat, ce que je ne regrette absolument pas.

Être universitaire c’est bénéficier d’une grande liberté qui permet d’entreprendre dans de multiples domaines. J’ai toujours eu besoin de m’intéresser à des choses différentes. Paradoxalement, j’ai l’impression que c’est plus facile à concilier à 57 ans qu’à 20 ans. 

Être universitaire c’est bénéficier d’une grande liberté qui permet d’entreprendre dans de multiples domaines.

Des choses différentes ? Par exemple ?

Je suis passionné par la culture et en tant qu’enseignant j’ai pu mettre en place un master de management des activités culturelles. 
Je travaille à l’organisation d’un festival « Les Nuées Ardentes » porté par l’université (la Science au service de l’imaginaire).
Dans le cadre d’un programme I-Site Cap20-25, je travaille sur un projet de tiers-lieux étudiant en collaboration avec la Ville de Clermont-Ferrand. 

Quel est ton ressenti sur la formation en Auvergne ?

Nous avons plein d’atouts. Le premier c’est le fait de proposer un panel complet de formation (on peut tout étudier en Auvergne).
Le deuxième point, ce sont les conditions de vie et d’études par rapport à d’autres villes : l’offre culturelle, le coût de la vie, l’accès à la nature. 

Enfin, nous avons une université reconnue au niveau national et au-delà, notamment à travers la labellisation i-site. On fait partie de ces petites universités qui marchent bien. Notre ambition sur le moyen terme c’est d’être dans le TOP 10 des universités françaises et dans le TOP 15 européen. 

Notre ambition sur le moyen terme c’est d’être dans le TOP 10 des universités françaises et dans le TOP 15 européen. 

Qu’est-ce que l’on fait ici que les autres ne font pas et inversement qu’est-ce que d’autres font et que l’on ne fait pas encore ?

Je pense que Clermont a un vrai déficit d’image historique que tout le monde essaye de gommer.

Un exemple : nous avons ici une très bonne formation en gestion de patrimoine. Je me souviens d’un reportage dans le Parisien sur les bonnes formations en province. Ils ont interviewé un étudiant de Clermont d’origine parisienne. Il a dit ceci « Quand j’ai dit que j’allais à Clermont, on m’a répondu « mais qu’est-ce que tu vas faire là-bas c’est un trou. Mais moi maintenant mon problème c’est de savoir comment je vais pouvoir quitter Clermont et retourner vivre à Paris dans un 15m2. »

Pour être dans le TOP 10 il faut savoir innover. Comment on innove à l’université ?

On explore différentes façons d’enseigner, à partir d’exercices grandeur nature notamment. En droit, par exemple, ils font des concours de plaidoirie, en pharmacie ils ont monté une fausse pharmacie avec des faux malades qui entrent avec de faux symptômes. Ça les entraîne vraiment à ÊTRE de vrais pharmaciens, à apprendre à gérer les émotions, les situations difficiles. 

Le développement technologique est également une vraie opportunité. En ophtalmologie par exemple, nous avons un simulateur d’opérations sur l‘œil (cataracte, décollement de rétine) Les étudiants peuvent désormais s’entraîner beaucoup plus qu’ils ne le faisaient auparavant.

Tu parles de Clermont, mais l’Auvergne ce n’est pas que la Métropole. Qu’en est-il du maillage avec les autres territoires ?

L’UCA est présente à Vichy, Moulins, Montluçon, le Puy et Aurillac à travers les IUT et l’ESPE (aujourd’hui INSPE). Les IUT apportent un savoir très technique. Les étudiants travaillent sur des équipements proches de ce qu’ils vont trouver dans le monde réel et ils développent un lien très fort avec les entreprises du territoire. 

On ne peut pas tout proposer partout mais les IUT permettent une bonne employabilité des étudiants grâce à cette cohérence avec le territoire. 

Est-ce que tu penses que le E-learning permettrait de répondre en partie à cette problématique d’égalité des chances et de propositions plus larges de formations ?

Aujourd’hui, tout le monde expérimente l’enseignement à distance.  En 2019 un cours peut être tout aussi facilement visionné sur un smartphone à Bamako que sur une tablette dans le métro de Tokyo (en ce sens, le e-learning peut renforcer l’égalité des chances). 
La vraie contrainte reste d’intéresser le public. Si demain quelqu’un arrive avec le budget d’un épisode de Game of Thrones pour monter un module de cours, il aura une audience planétaire. 

Le développement du e-learning permet également de renforcer l’intérêt de la présence de l’enseignant. Il ne fait plus du cours magistral mais presque du service à la personne.

Si demain quelqu’un arrive avec le budget d’un épisode de Game of Thrones pour monter un module de cours, il aura une audience planétaire. 

C’est à dire ?

Imaginons que l’on ait une série de modules intéressants à regarder, bien travaillés. On fait en sorte que chacun regarde le contenu avant et ensuite on fait de grandes sessions de questions réponses. On accroît ainsi le travail collectif. Ce que je préfère en tant qu’enseignant, c’est la séance de révision. Quand ils ont bossé et qu’ils viennent avec des questions. 

Vous pensez que l’enseignant doit garder une place centrale dans l’école de demain ?

Je ne crois pas au e-learning sans présentiel. Il faut combiner les deux. On le voit sur des MOOC par exemple. Il y a un besoin d’échanges sinon on manque de motivation. L’enseignant, c’est son métier d’expliquer des concepts. C’est un art que tout le monde ne possède pas.

Et toi quel enseignant es-tu ?

Je crois beaucoup à la mise en situation concrète, on peut dès lors considérer l’étudiant comme un jeune collègue qui manque d’expérience. On l’aide simplement à aller jusqu’au bout de la mission qu’on lui a confié. Fini la peur du jugement du professeur, l’étudiant ose poser des questions, l’objectif est de réussir la mission de bout en bout. A la fin, il a le sentiment de savoir faire quelque chose et non pas d’avoir appris quelque chose. 

Si on parle utopie, à quoi ressemble l’université de demain ?

Une université qui crée, qui fabrique et qui expérimente en permanence, une université dans laquelle chacun travaille à son rythme, une université dans laquelle on se sent bien, Une université accueillante, pleine de couleur et de verdure, dans laquelle on peut avoir une activité physique tout au long de la journée. 

Et la dystopie alors ?

Se retrouver avec des enseignants dont l’objectif n’est pas d’être enseignant. 

Quels sont les prochains projets ?

La prochaine édition des nuées ardentes en Juin 2020.
Le futur tiers lieu étudiant sur le site de l’ancienne école d’architecture, 1600m2 au sol, modulable, adapté aux nouveaux usages des étudiants. 

C’est l’instant carte blanche ….

Quand je vois les jeunes générations j’ai du mal à être pessimiste même si parfois eux le sont. Ils sont conscients des problèmes qui les attendent, ils feront bouger les lignes.