Une vie après un “talk” TEDx / Joshua Henry

Par Damien Caillard
et Cindy Pappalardo-Roy

Chaque premier dimanche du mois, nous vous proposons à 15h un entretien avec un speaker d’une édition précédente du TEDxClermont. Ils nous expliquent ce que leur talk leur a apporté.

>> Voir le talk de Joshua Henry en vidéo (TEDxClermont 2017)


Le Connecteur est partenaire éditorial du TEDxClermont


Le TEDx est un environnement de passionnés. Est-ce en lien avec vos valeurs ?

Je suis étudiant à Sciences Po Paris, sur le campus de Reims, et en même temps à Assas en licence de droit. Et je combine cela avec des engagements variés : dans la réserve militaire, chef scout et directeur de communication dans une campagne politique au niveau local. Je suis très touche-à-tout : pour moi, il ne faut pas être spécialiste dans un domaine mais au contraire s’intéresser à tout. J’aime aussi connaître du monde, rencontrer des gens, et avoir un point de vue curieux et informé sur la vie. C’est pour ça que j’adore le TEDx, la diversité des speakers et des sujets abordés fournit une source intarissable de connaissances !

Comment vous êtes-vous rapproché du TEDxClermont ?

Je connaissais TED depuis le talk de Amy Cuddy, une prof de socio à l’université de Harvard qui parlait du langage corporel. Pourtant, je ne pensais pas à donner un talk TEDx du tout. La participation au TEDxClermont s’est faite via Dominique Aimon, présent à un concours de discours dans mon lycée. J’y avais évoqué le harcèlement, et Dominique et moi avons envisagé aller plus loin. On a commencé à développer le texte, la structure ensemble et ensuite, Sébastien Saint-Martin s’est ajouté pour me coacher sur la partie corporelle ; il m’a accompagné jusqu’à l’entrée sur scène.

Comment cela s’est-il passé sur scène ?

Mon talk était pour moi une expérience enivrante… Presque comme chez un psy, sans être sur un canapé, et devant 500 personnes. En plus, l’obscurité permet une grande aise dans cette salle. Cela n’est pas un simple discours que l’on récite ! Ça m’a permis de mettre des mots sur ce que je ressentais, mais aussi d’avoir du recul – sur scène et après. Ce fut une libération : le fait de pouvoir en parler, de mettre des mots sur cela, ça m’a aidé à passer le stade de victime. Au fond, j’avais l’impression de réellement être utile à la société. Ce moment du TEDxClermont a été la bascule pour moi.

« Ce fut une libération : le fait de pouvoir en parler, de mettre des mots sur cela, ça m’a aidé à passer le stade de victime. »

Ça ne se retrouve pas sur les vidéos, mais mon talk était structuré en trois parties : victime-harceleur-spectateur. Et au moment de changer de partie, j’ai eu un trop-plein d’émotion et j’ai eu un trou… J’ai vu Alexis Offergeld dans la salle qui m’a souri, a commencé à applaudir et a entraîné tout le monde. C’était un moment très fort pour moi.

Avez-vous noué des liens avec les gens de l’équipe TEDxClermont ?

Je trouve que le TEDx en général est un projet magnifique. Cette équipe a eu la patience de m’accompagner, alors que j’estime encore être presque un adolescent. Ils ont su s’adapter à mes besoins et mes caprices, avec beaucoup de bienveillance. Je me souviens après le talk d’avoir vu une bénévole super sympathique, on s’était promis de manger un croissant aux amandes ensemble. Et la photo de ce croissant qui a suivi, m’aidant à me vider la tête, symbolise cette bienveillance. Je tiens à énormément remercier toute l’équipe du TEDxClermont et notamment Dominique Aimon et Sébastien Saint-Martin – qui m’a même coaché pour les oraux de SciencesPo !

Avec le recul, que vous a apporté cette expérience ?

Personnellement et familialement, je me suis senti plus en paix. J’ai pu en parler avec mon frère, avec qui les relations étaient souvent tendues – elles le sont moins depuis. C’est comme si j’avais pu [évoquer] un sujet un peu tabou autour de moi, et les gens l’ont appris à cette occasion. On se sent beaucoup plus à l’aise dans des oraux et des entretiens, parce qu’on se dit que tout ça, c’est du gâteau par rapport au TEDx ! 

« Cette équipe a eu la patience de m’accompagner, alors que j’estime encore être presque un adolescent. »

Je ne veux cependant pas me construire autour de cela, le harcèlement n’était pas un souvenir joyeux. Mais autant avancer. Cependant, si quelqu’un me propose d’en parler, de partager mon expérience, je le ferai avec grand plaisir. Mon engagement continuera avec les initiatives extérieures. 

Que pensez-vous de l’actualité sur le sujet du harcèlement ?

Le mouvement #metoo ne m’a pas particulièrement touché. C’est une forme de harcèlement assez différente de ce que j’ai subi, et j’ai eu du mal à m’y identifier, ne l’ayant jamais vécu. Cependant, il y a une [certaine] résonance. Il y a une réelle prise de conscience de la présence  de divers harcèlements dans la société; et il faut avoir le courage et la force de les dénoncer. 

Photo de Une et vidéo du talk : TEDxClermont
Entretien réalisé le 31 octobre 2018. Propos synthétisés et réorganisés par la rédaction pour plus de clarté, puis relus et corrigés par Joshua. Photo de Une : crédit Fanny Reynaud


Le talk de Joshua au TEDxClermont 2017 :