Une vie après un “talk” TEDx / Lucie Poulet

Par Damien Caillard

Tous les dimanches jusqu’au 14 octobre inclus, nous vous proposons à 15h un entretien avec un speaker d’une édition précédente du TEDxClermont. Ils nous expliquent ce que leur talk leur a apporté.

>> Voir le talk de Lucie Poulet en vidéo (TEDxClermont 2016)


Le Connecteur est partenaire éditorial du TEDxClermont 2018
L’évènement se tiendra le 20 octobre à l’Opéra et sera diffusé en live sur internet


Comment définis-tu ton domaine de travail ?

Je suis chercheuse à l’Institut Pascal, axe « génie des procédés, énergétique et biosystèmes », depuis bientôt 4 ans. A l’époque du TEDx, j’étais en thèse sur le développement de modèles physiques pour comprendre la croissance de plantes en environnement de gravité réduite, pour des applications sur des “systèmes support-vie”. Il s’agit de recherche dans le spatial en général, car on souhaite pouvoir faire pousser des plantes sur des missions spatiales de longue durée – plusieurs mois – sans possibilité de ravitaillement.

Peux-tu nous présenter ton talk, au TEDxClermont 2016 ?

Mon talk était autour de ma thèse, mais mon point de départ était celui d’une simulation de mission martienne de 4 mois financée par la NASA, à laquelle j’avais participé à Hawaï deux ans auparavant. J’en suis venue à parler des “boucles fermées” – et notamment du projet MELiSSA mené par l’ESA, mon sujet de thèse – où tout doit être recyclé, en soulignant l’importance de l’optimisation des ressources mais aussi du vivre-ensemble en autarcie.

Et comment l’avais tu préparé ?

J’avais connu Lionel* à une soirée de la Doume, en 2016. Je me préparais pour passer à un concours appelé “ma thèse en 180 secondes”, [auquel] Lionel était aussi présent. Mon travail de synthèse lui a plu : le travail a consisté à faire passer mon talk de 3 à 15 minutes. On l’a fait avec Lionel, puis avec Dominique Aimon** qui est devenu mon coach. C’était intéressant de changer d’éclairage.

Le mardi précédent le TEDxClermont, je donnais une conférence devant 400 personnes au Musée des Confluences [à Lyon] ! J’ai eu un petit coup de “flippe” en me demandant comment j’allais gérer ces deux temps forts. .. mais, finalement, la conf’ du Musée des Confluences m’a beaucoup aidé à m’entraîner à parler en public. (…) Ma difficulté, ce n’est pas d’apprendre le texte mais de le rendre vivant et expressif, j’ai beaucoup travaillé là-dessus.

Qu’as-tu ressenti en délivrant ton talk ?

Ce qui m’a aidé aussi est de manger juste avant [le jour J] avec les speakers, de sympathiser et de partager nos problématiques. Le jour du TEDx, j’étais vraiment à l’aise. Je savais que je ne pouvais pas être davantage prête. Juste avant mon talk, il y avait une artiste avec son violoncelle***, et j’en ai profité pour l’écouter en fermant les yeux et en faisant des exercices de relaxation !

Et comment évalues-tu les apports depuis 2 ans ?

Je pense que tout cet exercice me correspondait bien, et m’a beaucoup apporté par exemples sur la gestion des gestes parasites, ce dont je ne me rendais pas compte avant. Je fais aussi attention à ne pas partir dans toutes les directions et à focaliser sur des messages-clé quand je donne des conférences.
[Ainsi,] j’ai été contactée il y a quelques semaines par l’office de communication de l’ESA**** pour une série vidéo, « Space Bites« . Ils voulaient “un format TEDx” : [une durée réduite], des slides pour appuyer le discours (et non pas l’inverse), et un “take home”, une idée forte dont on se souvient et un travail de vulgarisation. [La chargée de communication] m’avait contactée parce qu’elle avait vu le TEDx [en ligne] ! Du coup, j’ai pu préparer rapidement mon talk, j’avais notamment revu les vidéos de Chris Anderson sur la préparation des talks TEDx, c’est une super méthode pour des formats courts de vulgarisation.

Enfin, il y a la communauté TEDx, au moins sur Clermont. A chaque TEDxClermont ou ESC, on est invité, on garde les liens entre speakers, c’est un très bel environnement. Et ça m‘arrive de croiser des gens à d’autres événements, comme Pint of Science, [des personnes] qui sont sensibles à la transmission de la culture scientifique. Je suis par exemple ce que fait Astusciences ou Doct’Auvergne, et cela permet une bonne sensibilisation d’un public large aux sciences. Même si je pense qu’on pourrait faire mieux !

Mais tu as aussi remarqué un effet contre-productif dans ton domaine …

Dans le monde de la recherche, je ne suis pas sûre que [le TEDx] m’ait aidée … car on a en France cette mauvaise tendance à dénigrer les chercheurs qui “font de la com’”. Moi, en plus, j’aime bien venir parler dans des écoles. [Pourtant,] sur un format de 20 minutes, il y a forcément moins de science et de détails que dans un format long ! Certains chercheurs et ingénieurs estiment que cela dénature la science. Or, je pense que c’est important de vulgariser, de faire de la médiation scientifique, en particulier aux enfants et aux élèves. On oublie un peu trop la dimension “transmission” du savoir.

Cette notion d’éducation populaire aux sciences est un de tes chevaux de bataille

J’avais monté avec des collègues un vrai projet d’éducation populaire, vers des écoles primaires, sur l’écologie, les sciences spatiales, le génie civil, l’informatique … cela s’est malheureusement terminé en juin [2018]. L’objectif de ce projet [baptisé] “retour à l’école” était que les enfants en soient acteurs. On a pu le tester avec la mairie d’Aubière, et les retours étaient positifs de la part des [scolaires], des enseignants et des parents. Le but était d’ouvrir les horizons par des projets concrets, comme « un voyage sur Mars », ou « construire la maison du futur ».

Cela nous a vraiment appris à rendre notre discours plus pédagogique. Et je me suis rendue compte que l’on peut expliquer des concepts compliqués aux enfants : ils comprennent si tu utilises les bon mots et si tu prends ton temps. Mais ça s’est arrêté par manque de porteurs – on était éparpillés dans nos métiers ou nos recherches – et on n’avait pas trouvé de personnes prêtes à se lancer là-dedans car c’est du gros investissement personnel et bénévole. Finalement, le système global n’encourage pas à faire de la vulgarisation, [qui est] vue comme une perte de temps.

*Co-organisateur du TEDxClermont avec Alexis Offergeld
**Coach au TEDxClermont
***Ana Carla Maza, qui a délivré une performance musicale
****Agence Spatiale Européenne, l’équivalent de la NASA

Photo de Une et vidéo du talk : TEDxClermont
Entretien réalisé le 10 octobre 2018. Propos synthétisés et réorganisés par la rédaction pour plus de clarté, puis relus et corrigés par Lucie.


Vous pouvez contacter directement Lucie sur Twitter pour en savoir plus


Le talk de Lucie au TEDxClermont 2016 :